—Vous êtes tous des enfants, interrompait la princesse, car, tous, et vous le premier, monsieur Sourdière, vous ignorez le vrai motif du mariage Waston-Olivari. Miss Waston vous a dit ce qu'elle a voulu vous dire, mon cher monsieur Sourdière. Je tiens de mistress Migefride quelques détails sur la halte des Alpins aux Estérais. Ils y demeurèrent juste vingt-quatre heures, et ces vingt-quatre heures-là ont décidé de la vie de miss Eva.»
Toutes les têtes se penchaient, attentives. La princesse jouissait de son effet.
—Si je vous donnais le motif qui a pesé le plus lourd sur la décision de miss Waston et l'a tout à fait poussée à conclure ce mariage, vous crieriez tous à l'invraisemblance; et, pourtant, rien n'est plus vrai.
—Oh! dites-le donc, princesse!
—A quoi bon? Quand je vous l'aurai dit, vous ne comprendrez pas. Les femmes peut-être; mais les hommes, non.
—C'est donc bien monstrueux? hasardait Sourdière.
—Non. C'est très simple, c'est très femme surtout. D'ailleurs, je vais m'exécuter; ces dames en jugeront. Eva Waston épouse M. Gennaro Olivari parce qu'elle l'a surpris embrassant à pleines lèvres sa femme de chambre Mariette.
—Mais alors l'histoire de l'essai loyal est vrai; et voilà qui confirme la version de M. Sourdière.
—Ah! que vous êtes loin de compte! Si le beau sous-lieutenant corse pressait si fort Mariette sur sa poitrine et lui donnait si ardemment le baiser d'adieu, c'est qu'il avait quelques droits sur la jolie fille. Tout recru qu'il fût par trente-trois kilomètres de marche la veille, il n'en avait pas moins courtisé de très près la camériste; et Mariette, sensible aux prunelles aiguës de l'officier, l'avait généreusement hospitalisé toute la nuit. Léandre quittait Héro; c'étaient des adieux classiques.
—Et ce sont ces adieux surpris qui ont décidé miss Eva Waston? s'exclamait Robert Stouza. J'avoue, princesse, que je ne comprends plus.