—Trop tard! Vous ne la trouverez plus. L'aiglonne a quitté son aire.

—Non.

—Son mariage a surexcité de telles curiosités dans ce pays. Tous les officiers des deux corps d'armée ont voulu connaître et voir de près cette déconcertante héritière. Après les alpins et les artilleurs, ç'a été l'état-major. Ils n'y ont pas mis assez de discrétion; les Estérais étaient réquisitionnés tous les jours. La tante et la nièce ont pris leur vol.

—Et elles sont, princesse?

—A Riva, sur le lac de Garde.

—Et le mariage, dans le lac aussi?

—Non, le mariage tient toujours. Nous ne reprenons pas ainsi notre parole. Miss Eva Waston attend à Riva la fin des manœuvres. Les fiancés se retrouveront à Venise, en septembre.

—Les amants de Venise! voilà un mariage dont je n'augure rien de bon, princesse. Pour moi tout cela finira mal.

—Le mariage, non, le ménage, peut-être. Il y en a tant qui ont une mauvaise fin.

—Ah! Au fond, nous sommes du même avis. Je donne un an de bonheur à ce jeune couple. Après, Mme Olivari voudra faire des comparaisons, comparaisons de races et d'uniformes. Il est tout simple qu'elle désire savoir si tous les alpins se ressemblent, puis tous les Corses aussi; de là à entamer l'artillerie, la cavalerie et même la flotte! Il n'y a que le premier pas qui coûte. Mme Olivari pourra continuer ses études et les faire ethnographiques... sa fortune lui permet les grands voyages; et de l'Asie en Afrique...