—Madame n'est pas là?
—Non, monsieur, elle est en forêt; mais elle ne tardera pas à rentrer.
—C'est bien, Ellen, je vais l'attendre.»
Et le romancier s'installait sur la terrasse.
Ainsi lui, Paul Sourdière, était revenu chez la princesse Outcharewska. Il y viendrait tous les jours, maintenant.
Avait-il pourtant assez maudit sa venue dans ce pays de montagnes, la première fois qu'il avait croisé la victoria de la vieille Anglaise sous les sapins de la forêt!
Mais il se sentait apprivoisé par le besoin d'expansion que développe en nous la solitude; l'extraordinaire nullité des gens rencontrés à Peïra-Cava, leur vulgarité, leur banalité aussi l'avaient disposé à toutes les indulgences pour la princesse Outcharewska; il est vrai que dans ce décor grandiose et changeant, il avait trouvé une tout autre femme. La vieille coquette s'était révélée assagie, comme mélancolisée par le spectacle de la nature. Dans ce mannequin de grands couturiers il avait cru démêler sinon une âme, du moins un secret. On racontait beaucoup de choses sur le passé de la princesse, mais on n'en affirmait aucune; bref, le psychologue endormi dans Paul Sourdière s'était réveillé, passionné au jeu de la découverte, et le romancier sentait qu'il fréquenterait maintenant assidûment la villa.
Il y viendrait tous les soirs, au coucher du soleil, prendre le thé avec la princesse et jouir avec elle de la féerie des crépuscules.
—Excusez-moi. Je vous ai fait attendre?