C'était la princesse qui rentrait.
—Je me suis attardée dans la forêt de Turini.
Et, se laissant tomber sur un rocking-chair:
—Cette forêt de Turini, quel décor! Je suis montée à pied jusqu'à la Calmette. Quel embaumement et quelles fleurs! Les clairières en sont criblées. J'en ai trouvé d'étonnantes. Ellen, apportez donc mes fleurs!»
Une femme de chambre entrait et présentait une haute gerbe de longs épis floconneux et roses, d'un rose de nuée enflammée, et de grandes clochettes d'un bleu d'eau de torrent.
—Oui, le paysage et le ciel s'y reflètent, faisait Paul Sourdière. Mais vous allez bien souvent à Turini, princesse!
—Tous les jours. L'endroit est merveilleux, presque un coin du Tyrol: la forêt d'Hansel et de Gretel. Et les troupes campées dans les baraquements y mettaient, il y a huit jours, un tel mouvement, une telle couleur!
—Artilleurs à l'abreuvoir, la halte des mulets, alpins en reconnaissance, alpins lavant leur linge, autant de Detaille et de Neuville que vous troubliez par vos dessous savants. On raconte déjà des histoires sur vos promenades, princesse! Vous révolutionnez Turini. Trois maréchaux des logis ont paraît-il...
—Ah! on vous a dit! interrompait la princesse avec un sourire. Oui! Quelle aventure! Trois sous-officiers d'artillerie m'ont suivie, oui, moi, et séparément. J'avais mon voile; tout s'explique. Mais voilà des aventures qui ne m'arrivent plus, quand je vais à pied. Ces pauvres jeunes gens! Ils ont bientôt deux mois de manœuvres dans les jambes, deux mois de montagne et de privations, et, pour leur abstinence, mes dessous de soie, ma robe de linon représentaient le but et la proie, la femme, l'éternel féminin. Mais rassurez-vous, ajoutait la vieille Anglaise, je n'ai pas levé mon voile, j'ai respecté leurs... non, mes dernières illusions.