Frémissantes, ravies, chagrinées, égarées,
Eperdues, importunes, bégayantes, embaumées,
Très peu couvertes, les vieilles, pour la saison
Transfuge inconsolé des natales tendresses,
Leur âme en voyageant fait de longs bruits de plumes.
Le Beau Voyage.—Henry Bataille.
Nous descendions le chemin du phare d'Antibes. Le sentier rocailleux, taillé marche par marche à même le granit, dévalait raide vers la houle du golfe; des petits chênes verts et des pins maritimes le bordaient vers la droite, premier plan nécessaire au sublime panorama des Alpes. Elles s'échafaudaient en face de nous, très hautes, emplissant de la neige de leurs cimes successives le bleu profond du ciel... A leurs pieds, les villas de Nice et toute la plage de la Rivière s'étalaient, vaporeusement blanches et grises, jusqu'à la pointe extrême de l'Italie, plutôt devinée qu'apparue dans le fond. L'apothéose hautaine de toutes ces cimes alpestres, neiges, brumes et nuées s'étageant au-dessus de la baie des Anges, nous transportait à la fois de stupeur et d'enthousiasme. Une brise plus forte nous dilatait la poitrine; une nature plus sauvage nous enivrait de parfums plus âpres et d'un décor plus fruste; un ciel d'un bleu violet, les moutons frissonnants d'une mer striée d'écume prêtaient au paysage méditerranéen un caractère de plage de l'Ouest, et douze petites chapelles, espacées de vingt mètres en vingt mètres, avec, dans leur ombre, des scènes de la Passion en fonte, achevaient de donner au chemin un aspect de calvaire.
—Un calvaire, en effet, nous sommes en Armorique. Voyez ces vagues et ce ciel bas, ces genêts et ces chênes-liège. C'est un calvaire breton.
—Oui, mais vous savez ce qui nous attend là-bas, faisait cet incorrigible de Bergues, nous désignant d'un geste la blancheur des villas de Nice, vous oubliez les joies du retour... Ferme d'autruches!