Poète inconnu.


I

UNE JEUNE FILLE

Les trois hommes achevaient de dîner sur la terrasse en estacade de la Posada. Une brise venue du large remuait doucement le coutil de la tente et, dans l'air enfin rafraîchi, les globes lumineux, égrenés le long de la plage, semblaient arder plus fort. Du côté d'Antibes la lune, mollement apparue dans l'échancrure d'une nuée d'eider, maillait de vif argent tout un coin de Méditerranée. C'était bien, imperceptiblement soulevé par les vagues, le fameux filet de nacre et de givre des pêcheurs de lune de Lunel, la si jolie variation du discours de réception de M. Edmond Rostand.

Des tsiganes, épaves de quelque Réserve aujourd'hui fermée, grattaient indolemment de vagues habaneras et, sans les moustiques bourdonnant autour des abat-jour, la soirée eût été tout à fait délicieuse, mais, de temps à autre, la cuisson d'une piqûre à la cheville ou à la jambe, l'attaque sournoise d'un zanzara à travers les mailles de la chaussette ou du caleçon faisait pester les dîneurs contre le climat de Nice et leur rappelait que l'ennemi ne désarmait pas.

«Et ils ne piquent pas les indigènes! faisait Charles Haymeri en allumant maladroitement un cigare, c'est la guerre déclarée aux forestieri.

—Bah! ils ont les mêmes à Armenonville et ils n'ont pas cette brise.

—Ils ont même les automobiles en plus.