Aujourd'hui, vendredi saint, un désir d'émotion d'enfance, une habitude ressouvenue d'ancienne piété m'a fait suivre les offices à Notre-Dame; j'ai voulu tenter de rafraîchir... (oh! si j'avais pu l'éteindre!...) la brûlure de ma plaie dans l'ombre froide d'une église; et pendant que les proses latines montaient et retombaient, psalmodiées par le prêtre avec des lenteurs de glas, j'avais beau en suivre le texte dans mon livre, c'étaient les horribles vers de Remy de Gourmont qui, telle une caresse, effleuraient mes lèvres, telle une caresse et tel aussi un sacrilège.
Que tes pieds soient bénis, car ils sont déshonnêtes,
Ils ont chaussé les mules des lupanars et des temples en fêtes;
Ils ont mis leurs talons sourds sur l'épaule des pauvres;
Ils ont marché sur les plus purs, sur les plus doux, sur les plus pauvres,
Et la boucle améthyste, qui tend la jarretière de soie,
C'est le dernier frisson de Jésus sur la croix.
Et l'office des Ténèbres avait beau pleurer la mort du Christ; dans le silence chuchotant de la chapelle convertie en Tombeau, je n'entendais que la mauvaise antienne du poète...
Que tes yeux soient bénis, car ils sont homicides,
Ils sont pleins de fantômes, et l'ironie des chrysalides