Y dort comme l'eau fanée qui dort au fond de grottes vertes,
On voit dormir des bêtes parmi des anémones bleues, vertes.
Et voilà que, promenant sur ma chair la douceur des choses glauques évoquées, comme des émeraudes taillées en olive, comme des bouts de doigts frais erraient maintenant dans la paume de mes mains.
J'avais laissé glisser mon livre à terre et, écroulé sur mon prie-dieu, je m'y tenais accoudé d'un bras et l'autre bras pendait, main inerte et ouverte, près de moi... et des choses fraîches et rondes coulaient dans cette main, s'égrenaient dans mes doigts.
La sensation était si imprévue, si finement pure et si délicieusement effleurante, qu'un frisson me redressa le torse... Étais-je, dans une hyperesthésie sensuelle, parvenu à matérialiser sur ma peau le contact des yeux de ma convoitise?... Je demeurai une minute dans le doute et dans l'espace... Pour mieux retenir la sensation et la faire bien mienne, je baissais mes paupières, mais le contact se précisait. Sous l'insistance de la caresse je regardais, je voulais voir.
Une femme en deuil, une femme encore jeune sous ses voiles de veuve était assise à mes côtés et, doucement, égrenait son chapelet dans mes doigts.
Elle l'égrenait, les paupières modestement baissées; mais un sourire entr'ouvrait l'arc mince de sa bouche. Entre ses cils comme entre ses lèvres roses, du blanc, pareil à de l'argent, luisait.
O douloureux saphir d'amertume et d'effroi!
Saphir, dernier regard de Jésus sur la croix.
«Mardi 16 juin 1895.—J'étais à l'Olympia, hier soir. La laideur de cette salle, la laideur de l'assistance surtout,—oh! ce costume moderne et la disgrâce du corps humain dans la disgrâce de cet attirail de tôle, qui constitue la tenue idéale de l'homme; tous ces tuyaux de poêle où s'emmanchent les jambes, les bras et le torse d'un clubman étranglé par un carcan de porcelaine blanche, et le triste, le gris de toutes ces faces vannées par la mauvaise hygiène des villes et l'abus des alcools..., le ravage des veilles et des soucis de la lutte imprimé en tics nerveux sur tous ces mous et gras visages..., leur pâleur de saindoux, et, dans les loges, aux fauteuils d'orchestre, auprès de la banalité des mâles, triomphaient l'extravagance et la vanité des femelles.