J'entends les herbes d'or grandir dans l'ombre sainte

Et la lune perfide élève son miroir,

Si la fontaine claire est par la nuit éteinte.

Ainsi, dans ces roseaux harmonieux jeté,

Je languis, ô saphir, par ma triste beauté;

Saphir antique et source magicienne,

Où j'oubliais le rire de l'heure ancienne,

Que je déplore ton éclat fatal et pur!

Autrefois, aux heures mauvaises, je n'avais qu'à ouvrir mes écrins et à appuyer mes tempes à l'eau froide des gemmes pour les rafraîchir... Le sombre azur des saphirs surtout me calmait; le saphir, la pierre de la solitude et du célibat, le saphir, le regard de Narcisse... Frantz Ebner, le joaillier de Munich, m'en a rapporté de si beaux, des saphirs de l'Inde d'une eau profonde et claire où les nuits transparentes de Ceylan sont comme demeurées, des saphirs nocturnes où naguère je noyais toujours ma fièvre, quand j'y caressais et mes yeux et mes doigts.

Et les beaux vers de Paul Valéry! Quel calme leur mélancolie nostalgique et sublime apportait en moi! A mon horrible mal ils substituaient, ces vers, la brûlure de Narcisse; et cette brûlure était encore de la fraîcheur auprès de l'âme de soufre et de phosphore qu'ont allumée en mon être les yeux dolents de l'Antinoüs... Les saphirs ne m'apaisent plus depuis que je suis hanté par les masques.