«25 juillet.—Les Trois fiancées, de Torop. C'est un envoi de Claudius, une gravure très rare qu'il a achetée à cette vente d'Audenardes et qu'il m'adresse avec une lettre annonçant son retour pour lundi. Dans trois jours! Il sera resté quinze jours absent.
Torop, Jean Torop, je connais ce nom; il est fameux en Hollande. Les Trois fiancées.
C'est une sorte de diablerie quasi-monastique: dans un paysage peuplé de larves, des larves fluentes, ondulantes et vomies, tel un flot de sangsues, par de battantes cloches, se dressent, fantomales, trois figures de femmes enlinceulées de gaze à la façon des madones d'Espagne: les Trois fiancées, la fiancée du Ciel, la fiancée de la Terre et celle de l'Enfer... Et la fiancée de l'Enfer, avec ses deux serpents se tordant sur ses tempes et retenant son voile, a le masque le plus attirant, les yeux les plus profonds, le sourire le plus vertigineux qu'on puisse voir.
Si elle existait, comme j'aimerais cette femme! Comme je sens que ce sourire et ces yeux dans ma vie, ce serait la guérison!
Je ne puis me lasser de contempler et d'étudier l'hallucinant visage. Les Trois fiancées, c'est étrange de détails et de composition: c'est du fantastique et du rêve rendus avec une préciosité étonnante; cela tient à la fois de la manière d'Holbein et des songeries d'un fumeur d'opium.
«C'est du catholicisme d'Asiatique, me dit Claudius dans sa lettre, du catholicisme effarant, terrifiant et qui s'explique, car ce Hollandais de Torop est Javanais de naissance. Je sais que vous aimerez ce Torop.
«Il n'y a que trois peintres au monde qui peignent les yeux que vous cherchez: lui, Burne Jones et le grand Knopf.
«Je sais à laquelle de ces Trois fiancées ira votre désir:—N'est-ce pas que l'Infernale a les prunelles qui vous hantent?»