[7] Extrait d'une lettre inédite.
Paris, la ville empoisonnée, l'aura gardé jusqu'au dernier jour.
Jean Lorrain n'a pas pu s'exprimer tout entier. La mort ne l'a pas laissé se réaliser complètement. C'est affreusement cruel. Soit.—Jean Lorrain a donné des leçons à son siècle. Il n'eût pas le temps de lui infliger une leçon définitive. Soit encore.—Mais, avant de nous quitter, il a tracé ces mots que je retrouve, que je relis et qui m'enchantent: «On est toujours vengé des gens qu'on regarde vivre.»
Voilà pour ceux qui ne veulent à aucun prix s'incliner devant le talent d'un disparu que, vivant, par diplomatie ou par lâcheté, ils saluaient plus bas que terre.
Pour nous autres, il reste entendu que les morts ne meurent jamais dans le souvenir de ceux qui les aimèrent.
Ajaccio, 21-23 Décembre 1909.
GEORGES NORMANDY.
Pelléastres
I
LE POISON DE LA LITTÉRATURE
—Ce Jacques Hurtel, quel misogyne! Il en a une série d'histoires! Comme s'il n'y avait que les femmes, sensibles au Poison de la littérature! Et les hommes, donc! Vous croyez qu'ils y échappent?… La barbe n'exempte pas de la tare. A côté de ces dames, il y a ces messieurs. Il n'y avait pas que des femmes aux premières de l'Œuvre. Près des maigreurs hallucinantes, des sinuosités de serpents et des regards d'au-delà des maîtresses d'esthètes, il y avait les esthètes eux-mêmes: les propriétaires de ces princesses et les metteurs en scène, couturiers et modistes, de ces poupées de musées.