—«Lui aussi?»

—«Oui: ils aiment tous leur mère, composent des vers grecs et sont bons musiciens. Pelléastre enragé d'ailleurs! Il ne collectionne encore ni chauves-souris ni hortensias et n'a, jusqu'ici, célébré aucun baptême de chatte, mais il n'en cultive pas moins une douce réclame. Sa main est célèbre dans toute la petite classe. Du reste, les plus belles bagues: rien que des perles et des émaux translucides sur jade vert. Tous ces petits messieurs excellent à se tailler une réputation dans une partie quelconque. Edward Ytter se recommande à l'attention publique par sa main, ses bagues et sa collection d'objets du grand siècle. Il n'admet chez lui que des meubles et des tapisseries du dix-septième; tout est Louis XIV. Il habite un vieil hôtel dans l'Ile Saint-Louis, comme Mme Lelong qui le considérait; il possède une commode de laque ayant appartenu à Mme de Maintenon et couche dans le lit de Monsieur, frère du roi, ni plus ni moins. Il faudra que je vous conduise chez lui.»

—«Mais, je n'y tiens pas!»

—«Mais si, il le faut! il manque à votre ménagerie. Je vous le présenterai à l'autre entr'acte… Taisons-nous, nous allons nous faire écharper: voici la musique qui reprend.»

A l'entr'acte suivant, j'avais l'honneur d'être présenté à sir Edward Ytter.

Edward Ytter était surtout merveilleusement habillé, si adéquat à ses vêtements qu'ils semblaient peints sur lui. Il avait un léger zézaiement et hanchait un peu sur la jambe droite, flexible autant, on eût dit, que sa badine, laquelle était d'un seul jonc surmonté d'un neské ancien. La présentation fut correcte. Sir Edward Ytter voulut bien me dire qu'il désirait depuis longtemps me connaître et qu'il était ravi de la rencontre. Tout en parlant, il caressait du bout des doigts l'or pâli d'une naissante moustache, moins peut-être pour mettre en valeur leur finesse et leurs ongles polis que les bagues curieuses qui les surchargeaient. «La plus belle main de Paris», m'avait chuchoté Meyran. Je dois à la vérité de dire que sir Edward fut charmant. Il respira sans trop de fatuité le discret encens que Meyran lui brûla sous les narines en le complimentant sur sa bonne mine, son tailleur et ses bagues, puis il nous quitta brusquement sur ces mots:

—«Je vais rejoindre maman.»

—«Oui, il bêle un peu sa mère, mais c'est un bon petit garçon. Quand il sera devenu naturel, ce sera même un beau cavalier.»

—«Sa mère, sa bonne mère! Ce n'est pas un métier dans la vie. Que fait-il, en dehors de sa piété filiale, ce jeune modèle des fils?»

—«D'abord, sa bonne mère, il ne vit pas avec: il l'accompagne dans le monde et au théâtre, mais il a bien soin de demeurer loin d'elle. Mme Ytter habite les Champs-Elysées. Et lui, dans l'Ile Saint-Louis, il couche dans le lit de Monsieur, frère du roi.»