Morny lui-même, l'étincelant et fringant duc de Morny, le fils de la reine Hortense et du comte de Flandre, fut trop heureux de trouver lui aussi, un père honoraire. Ce fut un palefrenier des écuries du roi de Hollande, un nommé Demorny qui se trouva là à point pour reconnaître à sa naissance, le frère adultérin du futur Napoléon III. Le Demorny se scinda plus tard en deux mots et devint duc et noble par la toute-puissance de la loge à Fidèle et de sa fidélité à la fortune de Bonaparte. Les pères honoraires d'ailleurs abondent et tout spécialement dans le monde impérialiste, où s'agite, quand il est question de généalogies, la plus décevante salade de naissances et de noms empruntés. J'ai trop le respect d'un métier, dernière ressource, en somme, des hommes du meilleur monde, pour laisser tomber du bout de ma plume, où ils tremblent, tremblent, mais où ils resteront, rassurez-vous, messieurs, quelques centaines d'autres grands noms.
CRIMES D'AMOUR
L'article homme est en hausse, si l'article femme est offert, donné. Le cours de la Bourse de la galanterie fait toujours des écarts en faveur du sexe laid: nous arrivons (frisons donc nos moustaches, messieurs!), nous arrivons bons premiers au poteau du Succès, et dans le handicap de l'Amour c'est nous qui sommes favoris et outsiders.
L'histoire des mœurs d'une époque, nous la retrouvons dans la correspondance et les mémoires de cette époque, qui nous sont autant de précieux documents. Aujourd'hui, grâce à la presse quotidienne, nous avons le fait-divers, le fait-divers dont les quelques lignes ont une bien autre éloquence que les plus brillantes fantaisies du plus fantaisiste chroniqueur. Voici quelques faits-divers retrouvés tout à notre honneur messieurs.
Aux étrangers d'abord; à tout seigneur tout honneur.
C'est de l'Autriche que nous vint la nouvelle.
Deux grandes dames de la haute société austro-hongroise y renouvelèrent, en 1889, les exploits musqués et poudrés de la duchesse de Polignac et de la marquise de Nesles,—deux des plus jolies femmes de Vienne: la comtesse de Schœnborn et la comtesse Irma Kinsky.
Et à l'épée, comme dans le tableau de Bayard, et non plus au pistolet, comme dans le célèbre duel des duchesses du dix-huitième siècle.
La rencontre eut lieu à Ischl, dans un petit bois avoisinant la villa de l'empereur. C'était un friand spectacle, je veux le croire, dans cette transparente atmosphère de fin d'été, que ces deux sveltes viennoises, les chairs fouettées de rose, les seins droits et crêtés, le torse nu, se cherchant de la pointe de l'épée avec, pour toile de fond, le grand parc d'Ischl et ses ombrages dormants.
Un Bayard, je l'ai déjà écrit.