Charmantes et d'une saveur particulièrement capiteuse et étrange, ces aventures galantes de la haute vie viennoise, où les fins de soupers mêlent à la mousse rose et sucrée du champagne la pourpre salée des gouttes de sang! Toutes sanglantes qu'elles soient, les coupes n'en sont pas moins gaiement vidées à notre honneur; retroussons donc encore une fois nos moustaches et poitrinons, messieurs!
Et d'un pour l'Autriche.
A la France maintenant.
Le fait-divers y est tout, aussi passionné, mais il pèche par l'élégance; il est de trottoir et non de cour, mais tout aussi tragique.
Chez nous, c'est une simple pierreuse de banlieue parisienne généralement qui, mordue d'une rouge fantaisie pour un ouvrier mécanicien et repoussée avec perte, renouvelle de dépit le romanesque exploit d'Antony et donne tranquillement du surin dans les côtes de l'homme qui lui résistait.
«Il me résistait, je l'ai assassiné.
«Il se f… de ma fiole: pour lorsse j'ai tapé.»
Du Dumas père adapté à l'esthétique du Théâtre Libre ou au goût des lecteurs du Gil Blas d'antan, sauce Méténier.
Voici d'ailleurs le fait-divers-type dans sa concluante simplicité:
«Au mois d'août dernier, un ouvrier mécanicien du nom de Queroz, passant avenue de Saint-Ouen, était accosté par une jeune femme et frappé par elle, à la poitrine, de deux coups de couteau.
«A la suite des investigations faites par le service de la Sûreté, la coupable a été découverte hier et mise en état d'arrestation.
«C'est une fille publique nommée Pauline Dombret. Elle a déclaré que depuis longtemps elle était amoureuse folle de Queroz. Comme celui-ci la repoussait brutalement lorsqu'elle lui faisait des propositions, elle avait mieux aimé qu'il mourût plutôt que de le voir donner à une autre son affection.
«Pauline Dombret a été écrouée au Dépôt.»