Un M. Daniel, une sorte de M. Foy de village, le mit en rapport avec la dot et la femme cherchées, mademoiselle Ernestine Chauvin.

De mademoiselle Chauvin, ancienne gouvernante d'un monsieur seul, enrichie à son service, demoiselle déjà mûre et d'un passé… quelque peu mouvementé, pas grand'chose à dire!

Les assises la montrèrent comme une créature passive et sans résistance, mais de robuste constitution, puisqu'après trois tentatives d'empoisonnement réitérées et deux coups de revolver tirés à bout portant sur elle, la malheureuse trouva encore le moyen de fondre en larmes en entendant prononcer le verdict de mort de son mari.

Ce mari qui, lui, l'avait condamnée irrévocablement, avait résolu sa mort et en avait fait la condition sine qua non d'une entreprise financière!

Quarante mille francs, telle était la somme que devait rapporter à Lecomte le décès de la malheureuse.

Le crime: d'une simplicité effrayante.

Acculé dans ses derniers retranchements, ses faux billets en pleine circulation, la chance d'une prime d'assurances à réaliser au décès de sa femme se présentait tout naturellement à l'idée de ce paysan marié sans amour à une vieille fille sans famille et sans conseil.

Contracter des assurances payables à la mort de Mme Lecomte, la faire mourir et rétablir ainsi les affaires de la ferme: le criminel dessein découlait de lui-même.

Lecomte prenait effectivement une première assurance de dix mille francs, une seconde de trente mille, une troisième de dix mille, et, la première assurance à peine contractée, Mme Lecomte devenait la victime d'un série de tentatives d'empoisonnement et d'assassinat.

Toutes évidemment venaient de son mari, mais elle, la pauvre femme, éprise et terrorisée, frissonnait en silence, attendait et ne le dénonçait pas. Elles échouaient toujours, d'ailleurs, toutes ces tentatives, mais elles recommençaient toujours.