—Cette femme drapée de bleu? —Héglon, Messaline, vous allez la revoir. —Ah! Bouvet.

Elle m’avait pris, elle m’a laissé.

—Déjà! —Quelle adorable voix! Mais cette «nuit d’amour, répands sur moi, répands ton onde» est du bon Gounod, ou je n’ai pas de mémoire. —C’est comme le refrain de la bacchanale! j’ai entendu cela sur les quais de Naples: c’est une chanson du basso porto. —A Messaline, maintenant. —Est-elle bien drapée! un Tanagra. —Et l’idée de cette résille d’or posée comme un masque! Est-elle assez goule avec cette face métallique et figée, où les deux yeux vivent seulement. —Elle a bien dit son invocation. —Oh! attention, vous allez rire: c’est l’entrée de Myrrhon.

Viens aimer, les nuits sont trop brèves.

Viens rêver, les jours sont trop courts.

—L’air est joli, mais Soulacroix et sa couronne de roses. —Ce gros homme glabre entre ces deux jolies filles, on dirait leur mère! —Et il va rebisser le morceau; raccroche-t-il assez son public! —Moi, je le trouve très barrière de l’Ecole. —Oui, très Suburre. —Ah! l’entrée d’Hélion:

Dans le cirque étincelant,

Le sable est blanc.»

La voix claironnante de Tamagno éclate et tonitrue; stupeur sur la scène et stupeur dans la salle; puis, tous les étrangers de l’assistance s’effondrent en applaudissements: —Vous aimez cette voix-là, vous? —Oui, comme phénomène, ça me fait l’effet d’un exercice de force, d’un acrobate introduit dans une comédie. —Moi, c’est plus fort que ma volonté, je crois entendre une sonnerie de régiment, et j’ai envie d’aller chercher ma gamelle. —Une gamelle de dix mille francs. Et le débinage continue, d’autant plus féroce qu’aucun de ces quatre délicats et délicates n’ont payé leur place au bureau; fauteuils de faveur, fauteuils de dénigrement.

Vendredi 24 mars.—Une Lettre de Paris (fragment): «Et vous n’aurez pas vu Sarah dans Dalila! D’un rôle vide et démodé, elle avait fait merveille. Avez-vous remarqué le goût des acteurs de talent pour les pièces bêtes? Ils peuvent mettre du leur autour, mieux, ils font la pièce! Nous avons donc revu la femme fatale, mangeuse d’hommes, Sapho d’un grand monde de paravent, sirène du second Empire à qui le jeune premier poitrinaire dit à certain moment: «Vous êtes, ce soir, belle et froide comme une bacchante au repos.» Tout cela datait comme un tableau de Winterhalter, corsages à la Berthe et crinolines, ce temps où tout poète devait être élégiaque et phtisique, où la pâleur seule était intéressante, où celles enfin, que nous appelons les grandes amoureuses, étaient des monstres de perversité parce qu’elles attelaient à trois ou quatre! Pauvres petites chattes! on les canoniserait, maintenant.