Ces détails, c’est le convalescent que je viens y visiter qui me les donne, un artiste aussi, un danseur, mais lui entouré, choyé de toute sa petite famille, sa femme, figurante à la Scala, son frère, machiniste aux Folies-Bergère, et jusqu’au bébé de six ans qui défile tous les soirs dans le pensionnat des petites filles, au troisième acte du Vieux Marcheur, celui de la Scala, entendons-nous, la parodie. Ils sont tous là, la femme, l’enfant et le frère, tous émus de ma visite avec sur les lèvres des remerciements et le nom de Jane Thylda, Jane Thylda, qui a eu l’idée de cette collecte en faveur d’un camarade malade, et, la somme trouvée en un clin-d’œil, un soir, dans les coulisses, m’a prié puisqu’elle joue en matinée elle-même, de porter ces dix louis pour elle à l’effarant corbeau de l’antre de Plango, à la sauterelle fantastique qui la terrifiait chaque soir à l’acte du Sabbat et la forçait à danser la ronde maléfique entre le nain Youmafre et le crapaud Croachis.
—Monsieur Marcenay, il paraît qu’il est bien bon dans son rôle de vieux magistrat, m’a dit ma femme, soupire le corbeau Blancard; vous ne l’avez pas vu, vous, Monsieur, dans le Vieux Marcheur? Il parodie M. Guy des Variétés, et tout le monde dit qu’il est superbe: c’est un ami; ce que j’aurais voulu le voir!
Et c’est touchant cet intérêt d’artiste pour un autre.
—Et c’est aujourd’hui notre centième et je ne suis pas là, gémit le pauvre Blancard.
Autour de moi, ce sont des allées et venues d’infirmières, des recommandations de parents, des adieux, des doléances de malades que l’on quitte, les Blancard, mari, mère et frère me remercient encore une fois et je me sens vaguement l’âme de Séverine.
Vendredi 28.—A la Porte-Saint-Martin, Plus que Reine. —Les lettres de Paris à Nice m’ont trompé. Elle est charmante, elle est charmante, elle est charmante, elle n’imite pas Sarah, elle a consenti à être elle-même, et quoiqu’elle n’ait ni le type, ni la taille, ni le teint, ni la couleur des cheveux de Joséphine, cette créole, la Plus que Reine qu’est madame Jane Hading est coquette à souhait, câline à miracle, et arrive surtout à donner l’impression d’une femme vraiment bonne. C’est la bonne Joséphine, avec, sur les épaules et sur les seins, une nacre et des blancheurs rosées que n’a jamais eues l’impératrice.
La pièce, c’est du Frédéric Masson découpé en tranches, anecdotique au premier tableau du Palais-Royal, tragique à l’acte de Fontainebleau et de la porte murée, où l’épouse répudiée va se heurter le front, intéressante en somme comme une suite d’estampes.
M. Coquelin, pour jouer Napoléon, a arboré un faux nez; il avait déjà abordé les nez d’emprunt dans Cyrano; faux nez dans le Rostand, faux nez dans le Bergerat, c’est une vocation tardive, mais c’est une vocation. L’appendice extravagant et riche en métaphore du cadet de Gascogne seyait mieux au type de M. Constant Coquelin que le nez impérieux de César; il y tâche de tout son talent, mais le rate de même. On ne refait pas un profil:
Ne forçons point notre talent,
Nous ne ferions rien avec grâce,