La destinée de M. de Max est vraiment celle d’un empereur byzantin.
Mercredi 3 mai.—A la Comédie-Française, à la répétition générale du Torrent.
Ne forçons point notre talent!
Le délicieux ironiste d’Amants et de Georgette Lemeunier, le fournisseur breveté des mots exquis, des impertinentes allusions, des mordantes boutades et des réticences cruelles de mesdames Réjane, Granier et de M. Guitry, le Maurice Donnay un peu chatnoiresque et d’autant plus charmant, le maître de l’adultère et des liaisons dangereuses, l’auteur dont nous raffolons toutes! le tendre et sceptique amoureux de Douloureuse, ce chef-d’œuvre, ému quand il se souvient et implacable quand il se reprend, a voulu cette fois, écrire pour mademoiselle Bartet, MM. Duflos et le Bargy et la Comédie-Française. Mieux ou pis, il a voulu réhabiliter l’amour et la passion auxquels il ne croyait pas naguère; cet amour et cette passion qu’il a si finement raillés même; que dis-je? il a voulu proclamer le droit à la vie, le droit de vivre sa vie (dangereuse thèse qui peut conduire au droit au meurtre, au droit à la débauche, et au droit au vol, puisqu’il établit déjà l’adultère), et pour nous faire accepter tout cela, le railleur et le joli faiseur de mots rosses qu’est M. Maurice Donnay nous a conduits au prêche.
Si charmeur et fin psychologue en chambre que soit M. Le Bargy dans le désillusionné Morins, si parfait abbé tout de bonhomie et d’indulgence que soit Féraudy-Bloquin, leurs consultations autour de la détresse de madame Lambert ne parviennent pas à intéresser le public à un malheur d’exception; la faute de Bartet n’a d’excuse que dans la bassesse d’âme de son honnête homme de mari, et si M. Donnay n’avait pris soin de faire de madame Versannes la plus adorable et la plus haïssable des poupées parisiennes, son type de Julien Versannes ne serait qu’un mari bien ordinaire, courtisan indiqué de toute jolie femme et prenant son plaisir dans un ménage voisin; mais il y a cet odieux Lambert, type œuvré de main d’artiste du bourgeois autoritaire, libre-penseur, sûr de lui-même, horrible produit des immortels principes et inévitable petit-fils de la Révolution, Lambert armé de la loi et des conventions contre toutes les délicatesses du cœur; et il y a aussi les jolis couplets de Le Bargy, et les sottises à fleur de peau et à cœur vide de cette jolie oiselle de madame Versannes.
Mademoiselle Muller y est délicieuse, et MM. Le Bargy et Féraudy ont trouvé, dans les deux raisonneurs, une occasion difficile de créer deux vrais rôles: la pièce a d’ailleurs tout ce qu’il faut pour réussir: une soutane d’abbé et un décor d’usine.
Coquelin cadet et M. Beer, chacun dans des rôles de célibataires, l’un humoriste et l’autre flirteur honoraire, ont des entrées de clown assez divertissantes.
Vendredi 5 mai.—Au salon. Ces dames:
«Je ne sais pas bien ce que je veux, mais je sais que je veux.» Oisonnerie délicieuse d’une femme de peintre rembarrant son mari. Réponse typique et rare d’une épouse en mal d’humeur et de névrose, et que me rapportait, avec la joie exultante d’un trouveur de trésor, un peintre ami de la maison.
Si cruellement qu’une femme ait jamais pu nous faire souffrir, ce genre de boutade nous venge et nous console de tout.