Ricaner la face camuse

D’un chèvre-pied tout décrépit

Que notre enfantillage amuse.

—Oui... c’est bien l’homme des mots qu’on égrène à genoux.

Des mots en satin blanc, inconsistants et doux.

—Un bon élève de Verlaine, ce Jean d’Hoc.

Et les bateaux-mouches continuent de filer sur le fleuve, les cimes de peupliers d’être immobiles dans l’air; les éventails des femmes seuls voltigent d’un mouvement, très las, comme de lourdes palmes: l’atmosphère est étouffante; mercredi, 12 juillet, la plus chaude journée de l’année.

Vendredi 14 juillet.—Billancourt, au bord de l’eau. —Clara d’Ellébeuse ou l’histoire d’une ancienne jeune fille, de Francis Jammes: Naïve et tragique aventure d’une petite âme de dix-sept ans dans le cadre démodé, suranné d’une vieille demeure estivale: quelque chose de tendre et de touchant comme un livre d’enfance tout à coup retrouvé, la délicate et simple histoire d’une petite fille scrupuleuse, que son innocence même conduit au suicide; le tout mêlé d’intimes et familiers paysages, préaux de pensionnat et de pelouses d’ancien parc, paysages rehaussés de détails exquis et précis dont je n’ai jamais rencontré la qualité d’émotion autre part... Tout chante, enchante, peint et porte dans ce style liquide et frais de M. Francis Jammes; les mots y acquièrent une sonorité et un sens auparavant insoupçonnés... «Il est midi. La canicule tombe des ormeaux bleus et noirs où éclate le cri d’une cigale. L’air tremble et sue. Un souffle chaud, empli d’âmes de fleurs lourdes, se traîne...» Plus loin: «Clara d’Ellébeuse s’éveille sous ses boucles et bâille contre son bras nu. Elle est ronde et blonde, et ses yeux ont la couleur du ciel quand il fait beau temps. Le soleil de ses anciennes grandes vacances fait bouger, sur les rideaux transparents d’indienne à ramages, à la fenêtre de l’Est, l’ombre du tulipier.» Et puis ce sont des souvenirs de la Pointe à Pitre, un drame d’amour romantique entre un Joachim d’Ellébeuse, un grand-oncle de l’héroïne, et une certaine Laura Lopez, jeune créole exilée, dont Clara surprend, avec la correspondance le secret douloureux, secret dont elle mourra! Car elle mourra, pauvre petite âme troublée, par les illustrations du Musée des familles et la crainte de son confesseur... Et ce sera le suicide de la tendre héroïne dans le petit cimetière du village, parmi les jacinthes blanches en fleurs, entre le caveau des d’Ellébeuse et la tombe de cette Laura..., bref, un des plus jolis livres que j’aie jamais eu la joie de lire et qu’il faut lire au plus vite, brillant comme une fleur, tiède comme une larme, et mélancolique et touchant comme un bracelet en gourmettes et à petit boulet d’or qu’on portait en 1850 et que nous avons tous vu au poignet de nos mères!

Clara d’Ellébeuse? Puissiez-vous avoir la sensuelle et délicate joie de feuilleter ces pages innocentes et passionnées, dans le silence d’un vieux parc, à l’heure où l’azur vibre aux cimes d’arbres luisantes dans la solitude de l’été!

Samedi 15 juillet.—Lendemain de fête. Rentré à Paris en hâte pour y prendre mon courrier.