Autre loge, autre voix: «Il n’y a donc plus de poètes, ils sont déjà partis? —Je vous crois, Laparcerie les a tous dans sa loge, Laparcerie, «princesse de sang, de mort et de luxure», comme écrit en dédicace d’un poème enivré un poète qui certes la connaît mal ou ne la connaît pas.
Il prend Laparcerie pour Déjanire! Oh! c’est beau la jeunesse!
Dans les arènes, la foule s’écoule: devant un marchand de limonade, une femme est arrêtée avec un enfant. «Veux-tu faire une petite pompette?... combien le verre, monsieur? —Vingt centimes. —Et que vous ne la donnez pas, votre marchandise; donnez tout de même. (A l’enfant.) Hé! mon joli miroir, et pompe donc, et ne le suce pas!»
Il me semble être à Marseille! Ah! le Midi! Les voitures regagnent au grand trot les allées; au loin les clameurs continuent:
Vive Castelbon! Vive Saëns! Vive Fauré, Laparcerie!
Et dehors il y a des couples beaux et sains, des gars découplés et rieurs, et de jolies filles en cheveux, attablés, et qui boivent; les vendanges ont commencé hier. Ah! comme nous sommes ici loin de Rennes, et des Labori, et des Picquart.
Béziers, noble cité, sœur des cités latines,
Merci.
Dimanche 3 septembre.—Toulouse, allées La Fayette. —Courses de taureaux à Bayonne: Frascuelo, Mazantini et toute la cuadrilla; à Luchon, le soir, concert aux Quinconces et embrasement de parc; à Bigorre, inauguration du buste de Roland, le chanteur campagnard: discours, déclamations de vers sur les Coustous et toutes les sociétés de musique de la ville; fête populaire et officielle; toutes les Pyrénées en joie, depuis Bigorre jusques au pays basque, et, comme de partout des lettres me sollicitent, je me terre prudemment en Toulouse et, faute du don d’ubiquité, me tiens coi. Et puis je me suis attardé à me laisser vivre en ce riche et joyeux pays de Biterre, et je ne suis plus au courant des journaux, je ne sais plus rien de l’odieuse Affaire.
Comme elles me rassurent et me confirment dans mon opinion première, la ferme attitude et les dépositions nettes et précises des généraux en réponse à la phraséologie vide et déclamatoire des témoins de la défense. Autant de plaidoyers individuels où chacun vient expliquer les motifs de ses tendances, exposer ses opinions, mais n’apporte aucun fait, aucune preuve: des hypothèses, des manuels de méthodes philosophiques et des redondances... quelle misère! et le déplorable défilé des officiers défroqués, et le comique des nullités prétentieuses de l’Ecole des Chartes; là-dessus, les questions insidieuses, les traquenards et les gestes papelards de Me Demange, «l’air d’un maître d’hôtel essayant de placer au conseil de guerre des morceaux douteux», et comme finale, les coups de tête ou plutôt de hure de Me Labori, le sanglier du Syndicat, fonçant sur les témoins de l’accusation, les défenses en arrêt, et essayant de culbuter dans le maquis de la procédure MM. du Breuil et de Cernusky; Labori, par son attitude, ses provocations et ses violences arrivant à charger encore son client, Dreyfus, devenu non pas sympathique, mais un objet de pitié de par la maladresse et l’arrogance de ses partisans!