Que Myrille de Myrillon se rassure. Le préfacier est tout trouvé. M. Georges Vanor, le conférencier du Baiser, devant un public exclusif de femmes... Parfaitement, voyez l’affiche, M. Georges Vanor, conférences de la Bodinière, traitera du Baiser. Les hommes ne sont pas admis.
Eleusis, Eleusis, nous avons, à Paris, un temple de la Bonne Déesse!
Jeudi 14 décembre.—La comtesse de Castiglione. —On sait de quel mystère la favorite de Napoléon III avait entouré le déclin de sa beauté. Désespérée de voir se faner la splendeur d’une chair aimée par un roi et par un empereur, la comtesse de Castiglione s’était retirée du monde, cloîtrée vivante dans un petit appartement de la rue Saint-Honoré, tout près de chez Voisin, d’où on lui apportait ses repas; et, là, dans l’obscurité des persiennes toujours closes, devant des miroirs voilés, pour que son image même ne lui apparût plus, ne sortant qu’à dix heures du soir, masquée d’une épaisse voilette, elle vient de s’éteindre dans le désir et la volonté de mourir invisible, loin des yeux, toute à son passé, elle, cette attardée dans notre temps, qui n’aspirait qu’à l’oubli:
Le silence et la nuit sur la beauté fameuse,
L’oubli sur le scandale!
Or, il s’est trouvé que les volontés de la morte ont été trahies; les sommes d’argent que la comtesse de Castiglione avait affectées aux journaux pour qu’on ne parlât pas de son décès n’ont pas été remises à temps à destination; la presse s’est emparée de sa mort et les chroniques prévues ont été publiées: mieux, un homme s’est trouvé, et du monde de madame de Castiglione, pour forcer la porte de cette recluse qui voulait disparaître ignorée, et aller contempler sur son lit le mystère espéré du cadavre.
C’est une attitude si exquise que cette fantaisie macabre, et les jolis frissons de peur dont se plissent, le soir, les épaules moirées des snobinettes, quand leur sont contés, par le menu, les rides de la morte et les plis de son linceul.
Nous avions déjà l’exhumation de madame Desbordes-Valmore, les visites à l’hôpital et les fleurs au tombeau de Verlaine, l’oraison funèbre de Leconte de l’Isle, le lamento de Rodenbach et les couronnes à M. Henri Becque; l’autopsie de madame de Castiglione va-t-elle clore enfin la série? C’est effarant, cet amour du cadavre.
Il est donc sous le ciel des choses plus funèbres
Que Juliette morte au fond de son tombeau!