—Son mari! son mari! grondèrent les voix du dehors.
—Il a une bonne tête!
—Une tête de cocu!
Olivier de Montreu se nomma; puis entrèrent le commissaire de police et un médecin,—et la vieille Catherine ayant apporté des vêtements, madame fut reconduite à l'hôtel, avec pour escorte l'ignoble tumulte des badauds.
* * * * *
Un état de calme apparent succéda chez Blanche à la crise terrible qu'elle venait de traverser; mais ses rages morphiniques s'exaspéraient.
Les docteurs Pascal et Aubertot durent inviter le gentilhomme à enfermer sa femme dans une maison de santé où la surveillance offrirait de sérieuses garanties. Ils regrettaient toutefois qu'il n'existât pas chez nous des établissements spéciaux, comme on en voit à Londres et en Amérique (the morphinès accustamed) et en Allemagne (Heilanstaltflur morphiumsuchtige).
Outre la discipline, ces établissements ont le double avantage de ne pas permettre que l'on confonde, à leur sortie, les malades avec les aliénés, et de rendre moins arbitraire la violation de la liberté individuelle.
Aujourd'hui, il n'est plus permis de traiter la morphinomanie de quantité négligeable. Il y a en France cinquante mille victimes, et ce nombre est infiniment supérieur en Angleterre, en Allemagne et dans les Amériques. Tout d'abord cantonnée parmi les gens de la profession—médecins, pharmaciens, étudiants, garçons de laboratoire et infirmiers—la maladie se répand à travers les diverses classes, depuis les mondaines jusqu'aux filles galantes, depuis les magistrats, les avocats et les artistes jusqu'aux religieux, aux prêtres, aux industriels, aux ouvriers et aux simples cultivateurs.
C'est le sommeil et l'ivresse des brutes succédant à toutes les hallucinations des fous du moyen âge! On ne veut plus travailler, ni souffrir, ni enfanter, ni vivre; on veut rêver; on veut s'engourdir, tomber et dormir à la manière des pourceaux—et «Madame Pravaz» est la Circé de notre Décadence.