Mlle Saint-Phar entraînait le marquis, en lui jurant que madame était la victime d'une obsession, et le gentilhomme répliqua:

—Parbleu! je le sais bien!

XIII

Raymond de Pontaillac, en congé de convalescence, vivait, tel un prisonnier, dans son hôtel de la rue Boissy-d'Anglas, et seule, Christine se hasardait à troubler le délire du morphinomane.

Pauvre Christine! Elle subissait toutes les folies de l'homme, sans entrevoir une lueur; elle avait résilié son engagement à l'Opéra; elle refusait les hommages du monde, et sa verte jeunesse s'étiolait, ainsi qu'une fleur privée d'eau et de soleil.

Jamais un dégoût, jamais un murmure.

Et lui, autrefois si charmant, il la menait comme un bourgeois ne mène pas sa bonne, quand la femme vieillie en est réduite aux uniques ouvrages de la domesticité; il l'outrageait du souvenir immortel de ses amours avec Mme de Montreu et il établissait des contrastes et des parallèles insulteurs pour la grande artiste, pour la dévouée.

—Allons, Christine, que signifient ces manières?… Vous vous croyez toujours à l'Opéra, sur la scène… Vous manquez de goût… Votre toilette est ridicule!… Ah! si vous aviez vu Mme de Montreu au bal de l'ambassade anglaise!… Quelle élégance! Quelle distinction!…

Il s'habillait en clown, se couronnait de roses, forçait la diva à revêtir une robe de clownesse, essayait des galanteries, et désolé de son impuissance, terrifiait la jeune et vaillante artiste:

—Qui diable t'a enseigné l'amour? Mais, ma chère, tu glacerais un taureau!… Va chercher une horizontale, Roselmont ou Luce Molday!… En route, ou je te fends la tête avec mon sabre!