Thérèse et Luce obtinrent une vogue parmi les gommeux et les rastas: on les suivait au Bois, au Cirque, au théâtre, à l'Elysée, au Moulin-Rouge, et des amateurs les distinguaient, espérant des sensations inédites.
—Voici les Pravaz!
Réclames vivantes d'Hornuch, elle s'enorgueillissaient de montrer la petite seringue; elles se piquaient, exagéraient les ivresses du mal Wood; mais un soir elles disparurent, et le capitaine lut dans le Rabelais l'histoire de leur internement à Sainte-Anne.
Effrayé des tableaux, il voulait s'arrêter; il ne le pouvait plus, et il devint le superbe client de l'alchimiste.
C'est alors que, tantôt sous la domination absolue du stupéfiant et tantôt sous le délire de l'abstinence, au milieu des rages de sa défaite morale et physique, le comte de Pontaillac écrivit un journal intime:
Paris, le 4 décembre 1890.
Hier, je me suis présenté à l'hôtel du boulevard Malesherbes. Angèle, la femme de chambre, allait m'introduire chez sa maîtresse, quand Olivier est entré au salon: «Ma femme est malade, a-t-il dit, les yeux rouges. Excuse-nous, Raymond; nous sommes bien malheureux…» J'avais envie de l'égorger!…
Le 5 décembre.
Christine est pleine de grandes intentions voluptueuses; mais, le pot-au-feu de la Villa Saïd ne m'exalte plus. Il faut que j'abandonne la Pravaz, car j'aurais trop de honte, à la renaissance des amours de ma bien-aimée… Blanche va guérir, s'embellir, et je la posséderai de nouveau, de par le diable!
Le 16 décembre.