—Je me réveille!… Oh! c'est bon!… Encore?… Encore?…
Grise-moi… Encore?… Encore?… Je t'aime!… Je t'aime!… C'est le
Paradis!… O mon sauveur, je t'aime!

* * * * *

Où fuir? Où se cacher?

Mme de Montreu n'aurait pu supporter les fatigues d'un grand voyage; mais le capitaine avait une villa, à Fontainebleau, et le soir même, les amants s'y rendirent.

Depuis trois jours, ils menaient une véritable existence de possédés, fuyant le soleil, tous deux hâves et flétris, tous deux vieux, lui à trente et un ans, elle à vingt-quatre!

En cette villa située sur les bords de la Seine, ils vivaient dans une chambre qu'éclairaient, la nuit et le jour, des bougies—une chambre de deuil, une chambre de mort,—et toutes les démarches de M. de Montreu, pour retrouver sa femme, étaient infructueuses.

Grâce à Hornuch, le pharmacien de la rue de Gomorrhe, ils s'infiltraient le poison à hautes doses, bien décidés à mourir ensemble. Leur corps—les bras, la poitrine, le ventre, les jambes—toute la peau disparaissait sous des arabesques étranges, rouges comme des rubis, jaunes comme des topazes—et, nus, ils s'admiraient, illuminés de surnaturelles visions, et ils s'aimaient, se glorifiant de ne pas être semblables aux humains.

L'ordonnance qui les servait, Clément, seul domestique là-bas, n'osait plus les regarder, tant leurs yeux s'animaient de flammes bizarres, tant leurs lèvres balbutiaient de folies et de menaces.

Un matin, le capitaine donna l'ordre à son serviteur de ramener de Paris un de ses chevaux et de lui apporter une de ses grandes tenues d'officier. Le soir, il dit au valet:

—Tu me réveilleras à cinq heures, pour la revue.