—Ma foi, vous avez raison, et je vous remercie de m'y avoir fait songer.

Il se tourna vers M. de Montreu:

—Je vais écrire une ordonnance.

—Inutile, docteur, continua Raymond. J'ai là sur moi tout ce qu'il faut pour guérir.

Pontaillac tendit au médecin un minuscule flacon et un écrin des plus élégants.

—Non, non! Pas ça! pas ça! dit Aubertot: Je n'en connais pas la dose, et je veux une solution très faible; mais j'accepte l'instrument. Vous êtes notre Providence, mon cher capitaine.

L'officier prit congé de M. de Montreu et du docteur Aubertot, et quelques minutes plus tard, le mari et le médecin pénétrèrent dans la chambre de la malade.

Sur une haute et vaste litée, en un fouillis de dentelles, la marquise Blanche de Montreu, née de La Croze, étreignait nerveusement sa tête de ses deux mains aux doigts légers, et le long des épaules un peu maigres et des bras nus, les beaux cheveux roux s'épandaient avec des lueurs métalliques. On devinait, au travers de la chemise de surah et l'on voyait par l'échancrure de la gorge, une peau rosée d'un sang vermeil; le corps était jeune et chaud, et les formes juvéniles, dans leur chaste enveloppement, étaient pleines de grâce et de suggestions voluptueuses.

Elle retomba sur l'oreiller, en étouffant un cri de douleur; ses beaux yeux de velours brun s'emperlaient de larmes, le petit nez aux narines délicates, les lèvres qui laissaient voir une rangée de dents mignonnes, le cou svelte, tout ce charmant visage, enfin toute cette adorable jeunesse luttait, vaillante, pour ne pas affliger l'époux adoré.

Aubertot s'avança, tête nue, et dit: