Le directeur de la Revue militaire conclut:

—Cet animal-là est un apologiste. Ne s'est-il pas avisé, un soir, de me piquer pour une rage de dents?… J'ai eu mal au cœur—et ça me dégoûte, la morphine!

Sous le brouhaha des applaudissements, Mme Aubertot et son mari obtinrent de la diva un chant français, et tout le monde fit silence. On ne remarqua pas la disparition de Mme de Montreu et du comte de Pontaillac.

Blanche s'était dirigée vers le «buen retiro» des dames; mais trouvant la porte close, elle arriva dans le petit jardin d'hiver où des feuillages grimpaient le long d'un treillis d'or. En ce lieu charmant, elle fut ravie de ne rencontrer personne. Tout près d'elle, une grotte que fleurissaient des mimosas et qu'entouraient des plantes géantes attira son attention. Justement, une torchère de cuivre à dix becs électriques laissait la grotte dans une ombre relative, et les bruits harmonieux du salon faisaient évanouir la crainte des dangers.

Alors, derrière les verdures, Blanche leva brusquement ses jupes, et au milieu des trésors de luxe intime, en rabattant son bas de soie gris-perle, découvrit un mollet de chair rose. Pour garnir la Pravaz, elle fit tourner le chaton de diamant d'un de ses bracelets, dévissa un minuscule flacon, y plongea l'aiguille—et sans hésiter, meurtrit une fois encore sa jambe de marquise.

Une ombre s'interposa entre elle et la lumière, et Mme de Montreu vit debout devant elle Raymond de Pontaillac qui la regardait.

Indignée, blessée dans sa pudeur de femme, elle se dressa pâle et si hautaine que l'officier en tressaillit.

—Monsieur, de quel droit m'avez-vous espionnée?… C'est le fait d'un…

Mais l'insulte expira sur ses lèvres.

—Madame, dit Raymond, je vous ai vu sortir; vous paraissiez souffrante…