Et, aujourd'hui, j'ai le bonheur de t'envoyer la moitié des richesses que je possède et dont tu m'as enseigné le mystérieux et souverain pouvoir.
Ménage la liqueur divine, car, hélas! la source va en tarir! Hier, en effet, mon neveu Victor m'a annoncé qu'il ne pourrait plus m'être agréable, son patron lui interdisant la vente et pour des raisons ignorées. Ces raisons, je les attribue à une visite de ton mari chez le pharmacien, visite que j'ai apprise de la bouche même de Mme Teissier.
O ma chérie, il faut veiller! Il faut cacher ce suprême trésor! Blanche, il n'est pas de tiroirs assez discrets, de cassettes assez fidèles, contre les yeux d'un mari semblable au tien, d'un gentilhomme qui t'adore et ne voit pas que la privation est mortelle!
Mon mari à moi—ce bon et simple campagnard—me laisse libre, et du reste, je domine le parvenu de toute la hauteur de ma pauvre noblesse.
Voici une Pravaz, moins élégante que celle que tu as perdue, mais aussi généreuse. La Pravaz et la solution, continue de les mettre sous la sauvegarde de ta mignonne Jeanne: Monsieur n'ira pas les dérober; un ange les protège!
Mille baisers de ta:
MATHILDE GOUILLÉRAS,
NÉE DE CHASTENET.
P.-S.—Je rouvre ce billet. Il me vient une idée. Pourquoi n'écrirais-tu pas à notre amie Geneviève Saint-Phar? La doctoresse nous enverrait peut-être de la morphine. Si elle refuse, j'irai à Limoges et j'obtiendrai des ordonnances d'un docteur et peut-être des solutions, directement, de MM. les pharmaciens.»
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