—Monseigneur… mon père, j'ai péché… j'ai péché…

Crevée de sanglots, haletante, elle invoquait la Vierge, les saints; mais avec les encouragements du grand meneur d'âmes, elle parut retrouver un peu d'espoir en Dieu:

—Quand j'enfantais ma petite Jeanne, une allégresse emplissait mon être, me faisant oublier toutes les douleurs; et aujourd'hui, l'œuvre sacrilège est pour moi un sujet de malédictions. Si j'étais seule en cause, j'attendrais, je me cacherais et m'en irais, aussitôt après la délivrance, expier au fond d'un cloître les horribles amours. Mais, Monseigneur, vous ne l'ignorez pas, j'ai un mari qui a droit à mon respect!… Voyez, je suis lasse de mentir, lasse de sourire, lasse de vivre!… J'ai cherché à ramener mon époux vers la chambre conjugale, d'où je le tenais éloigné bien avant l'adultère, et, lui présent, mes forces épuisées ont trahi mon courage… Le bâtard que je porte dans mes flancs, je ne l'aimerai jamais, entendez-vous, Monseigneur, jamais! Il me fait déjà souffrir plus que je n'ai souffert à la naissance de ma Jeanne chérie! Il me brûle, il me déchire, il a en lui du venin!… Il souillerait notre maison!… Qu'ordonnez-vous, mon père? Dois-je emporter le secret dans le tombeau?… Ah! je suis prête à mourir, à écraser la preuve vivante et déjà si douloureuse du forfait!… Quel que soit le châtiment que vous m'infligiez, quelles que soient les ténèbres où vous jetiez ma pauvre raison, j'obéirai!… Monseigneur, mon père, m'est-il permis de détruire le germe de la honte? Puis-je provoquer un accident, au péril de ma vie? Je vous le jure: sous le germe abhorré, sous le fardeau du malheur, je succombe!

Monseigneur s'enfonçait en de graves réflexions, et la conscience du prêtre luttait contre les idées de l'homme. Cette loi nouvelle du divorce, que réprouve l'Église, donnait une solution logique. Oui, mais il y avait une autre enfant. Du reste, à quoi bon s'attarder? Les dogmes ne se discutent pas! Et, d'un autre côté, inviter l'épouse au rapprochement sexuel avec le mari, n'était-ce pas endeuillir d'un mensonge nouveau la trahison commise?

—Relevez-vous, madame. Il faut implorer la miséricorde divine, user de ménagements, et, peu à peu, dire toute la vérité à votre mari.

Debout, effrayée, elle demanda:

—Tout dire?

—Oui.

—Même le nom de mon amant?

—Ce nom est inutile. L'aveu du crime suffit.