—Adressez-vous à Dieu, madame.

Les yeux mouillés de grosses larmes, il fit un signe de croix, et, imposant ses vieilles mains tremblantes sur la femme inclinée:

—Que la paix soit avec vous!

X

De retour en son hôtel de la rue Boissy-d'Anglas, Raymond de Pontaillac passa ses derniers jours de congé dans l'isolement et la souffrance; puis il revit Christine, et la maîtresse dévouée se contenta de murmurer, en lui ouvrant ses bras: «Je t'attendais…»

Cette exquise créature ne cherchait point à pénétrer les secrets amoureux; elle n'interrogeait pas le voyageur sur les mystères du château des Ormes et du manoir de Montreu: l'absent revenait, froid, brisé, lugubre, et la diva l'entourait de soins, mettant autour de lui un peu de sa jeunesse, de sa chaleur et de sa lumière.

Mais que peuvent faire les sourires et les joies d'une amie contre les désordres de la passion?

Le jeune officier tolérait Christine et il aimait Blanche; il l'aimait de toute une fureur de malade.

D'abord, il voila d'un crêpe le portrait de la marquise; il fit disparaître de la chambre d'amour les reliques de l'adorée, et bientôt, il s'agenouilla devant ces mêmes objets d'une idole lointaine et toujours présente. Au sortir des évocations passionnelles, entre les labeurs militaires et malgré ces labeurs, Raymond doublait, triplait, quadruplait la dose de morphine: il avait commencé avec la moyenne de vingt-cinq, trente, quarante, soixante centigrammes, et déjà il s'injectait un gramme et demi, et quelquefois deux grammes par jour.

Un matin d'août, Pontaillac recevait à déjeuner chez la Stradowska ses amis Jean de Fayolle, Edgard Lapouge, Léon Darcy et Arnould-Castellier.