Cependant les steamers de la ligne des États-Unis seront uniquement à vapeur et à roues, ceux des Antilles, à voiles et à hélice très-puissante, la force de vapeur l’emportant. Dans les clippers du Brésil et des lignes du Sud, les hélices seront encore puissantes, mais la force à voiles remportera sur la force à vapeur.
Les navires des lignes anglaises sont exclusivement à vapeur: Sans concurrents, les Anglais ont pu choisir, jusqu’à présent, les marchandises qu’ils transportent; ils ne prennent pas de marchandises ordinaires, mais seulement celles qui peuvent supporter un fret très-élevé. Raison de plus pour que les navires des lignes françaises puissent prendre un chargement considérable de marchandises, et qu’en même temps, ils soient supérieurs aux navires Anglais pour la vitesse.
Les grands clippers à voiles et à hélice ou à roues du capitaine Le Roy de Keraniou répondront à toutes ces exigences.
Le clipper, en outre, est un navire marin, sûr dans les mauvais temps, tandis que le simple navire à vapeur ne l’est pas.
«Mais quand je dis clipper, écrit le capitaine Le Roy de Keraniou[2], je n’entends nullement parler de ces charrettes que je vois chaque jour parées de ce nom dans nos annonces commerciales; j’entends un clipper à tous crins, comme j’en ai vu aux États-Unis, susceptible de filer 16 et 17 nœuds, vitesse qui paraît incroyable.
«Quand je parle d’une hélice auxiliaire, je n’entends pas, non plus, une hélice dérisoire comme force: je veux qu’elle ne diffère pas ou qu’elle diffère infiniment peu de celle que devrait avoir le navire, s’il était exclusivement à vapeur.
«Les navires que je demande devront coûter fort cher; mais, avec deux cent mille francs de plus sur chaque navire, j’aurai des navires comme je les entends, et qui ne me manqueront pas à chaque instant de parole.»
L’expérience qu’a déjà acquise l’auteur du projet, la connaissance qu’il possède des mers à parcourir, les études toutes particulières qu’il a faites, et les documents qu’il a réunis, l’ont mis à même d’établir la proportion de route dans laquelle chaque navire pourra se passer du secours de ses machines, le nombre de jours nécessaire à chaque voyage, la dépense qu’il occasionnera, et les conditions dans lesquelles les paquebots français pourront lutter avec les lignes anglaises.
D’après son projet, les services seraient concentrés à Brest et à Marseille.
Les lignes de Brest desserviraient les États-Unis, l’Amérique du Sud, les Indes-Orientales et l’Australie; les lignes de Marseille desserviraient les Antilles et la côte d’Afrique.