Quant aux dépenses d’établissement:

Le capitaine Le Roy de Keraniou estime que la compagnie devra mettre à flot quatre-vingt-quatre steamers de 2,500 tonneaux, pouvant fournir une marche moyenne de 12 nœuds, à 2,380,952 fr. par steamer[5], total, pour les 84 steamers, deux cents millions de francs,200,000,000fr.
Quant aux frais d'exploitation: Les 84 steamers, montés chacun par cent hommes d’équipage, donneraient lieu à une dépense annuelle, pour l’équipage, à 5 fr. par homme et par jour[6], de15,330,000fr.
(La nourriture des passagers coûtera 10 fr. par jour; mais on ne la porte pas en dépense, parce qu’on ne portera pas non plus en recette les mêmes 10 fr. par jour qu’ils paieront pour cet objet.) Pour entretien des navires, leur réparation, remplacement et amortissement, 15 pour cent du capital[7],30,000,000fr.
Pour dépenses en combustible, charbon et matières grasses[8],8,124,445fr.
Pour frais d’assurance et autres frais,10,000,000fr.
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Premier total 63,454,445fr.
Administration, agences, droits de ports, de feux, de dock, en France et à l’étranger, chargement, déchargement, approvisionnement, rechange, pilotage, etc.; 15 pour cent sur 63,454,445[9]9,518,166fr.
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Deuxième total72,972,611fr.
Gratifications aux capitaines et aux équipages, imprévu, somme à valoir[10],17,027,389fr.
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Total définitif90,000,000fr.

Quant aux produits annuels de l’exploitation:

Le capitaine Le Roy de Keraniou porte à 36 mille tonnes par mois le fret d’aller pour toutes les lignes, et à autant le fret de retour, soit 864 mille tonnes de transports annuels.

Ce nombre de 864 mille tonnes, par an, est considérable. Cependant, M. Le Roy de Keraniou démontre qu’il ne diminuera en rien les transports que le commerce français fait aujourd’hui en dehors des lignes régulières de paquebots à vapeur.

Ainsi, sur le total de 864 mille tonnes, il y aura 432 mille tonnes de fret d’aller, et 432 mille tonnes de fret de retour.

Quant au fret d’aller, les deux cinquièmes environ des 432 mille tonnes se composeront des marchandises étrangères qui suivent aujourd’hui les lignes anglaises ou américaines (en passant ou non par la France), ou les lignes brêmoises, ou la ligne de Gênes, ou celle de Cadix à la Havane (Voir le tableau ci-après, p. 42).

Les marchandises françaises qui sont expédiées par masses du Havre pour Liverpool et Southampton[11], ou qu’enlèvent les grands navires américains qui peuplent les bassins du Havre[12], ou que prennent, à leur passage à Marseille, les paquebots de Gênes pour le Brésil, formeront encore une bonne partie du fret d’aller.

Ce que les lignes françaises enlèveraient au commerce français serait compensé, et bien au-delà, par l’impulsion, par l’essor que les relations transatlantiques donneraient à l’industrie européenne et étrangère et au mouvement commercial entre les deux mondes.—Il est à remarquer que dès aujourd’hui, le mouvement de la navigation entre la France et les Colonies françaises, et les pays hors d’Europe, s’accroît de 200 mille tonnes environ chaque année[13].

Enfin, les transports de charbon sur les points les plus éloignés, pour le service des paquebots, fourniraient encore aux navires français un aliment de fret annuel de plus de 200 mille tonnes[14].