Quinze jours après, le comte de Hertford était duc de Somerset, lord grand trésorier et comte maréchal; sir Thomas Seymour fut fait baron de Sudley; Essex, frère de Catherine Parr, devint marquis de Northampton; Lisle, comte de Warwick; Wriothesley comte de Southampton; Rich, Willoughby et Sheffield furent créés barons. Des manoirs et des terres qui avaient appartenu aux couvents s'ajoutèrent aux titres et se distribuèrent à propos. Cranmer, Paget, Herbert et Denny furent pourvus. Il n'y eut que Sheffield et Willoughby qui refusèrent le bien des abbayes.
Sir Thomas Seymour, oncle du roi aussi, était ulcéré de la préférence accordée à son frère, soit par Henri VIII, soit par les régents. S'il n'était que le cadet de sa maison, n'était-il pas l'aîné en talents. Il ne pouvait contenir son mécontentement et l'exhalait partout avec amertume.
Dudley, autrefois vicomte de Lisle, maintenant comte de Warwick, eut alors une initiative trois fois habile. Sous le masque d'un désintéressement antique, il proposa de céder à sir Thomas Seymour la charge de grand amiral. Il fut pris au mot et reçut en échange de sa dignité la place de grand chambellan. Il fut fort loué de sa modestie. Sa conduite avait tiré tout le monde d'embarras. Son nouveau poste le rapprochait du roi; et il avait plu à sir Thomas Seymour par sa déférence, autant qu'au duc de Somerset par son abnégation.
Le comte de Warwick est tout entier dans ce petit fait. Il plante déjà ses jalons.
Soutenu par le primat et par le protestantisme, le duc de Somerset affermit et agrandit sa situation. Il élimina du conseil Wriothesley. Il se donna, avec l'approbation du jeune roi, des lettres patentes scellées du grand sceau qui confirmaient son protectorat et qui lui attribuaient toute l'autorité de la couronne. Il transforma les deux conseils du testament en un conseil privé qui ne le contraignit plus. Le protecteur demandera encore des avis, mais il décidera selon son bon plaisir. A dater de ces lettres patentes (13 mars 1547), le duc de Somerset entra dans toute la plénitude du gouvernement.
François Ier fut très-frappé de la mort de Henri VIII. C'était un présage. Il se fit raconter les cérémonies funèbres. Henri VIII avait été déposé dans la chapelle de Whitehall, toute tendue de noir. Douze lords en grand deuil veillaient près du roi, autour duquel brûlaient et brillaient quatre-vingts cierges de cire blanche. Le 14 février, Henri fut conduit à Sion-House, le 15 à Windsor, et le 16, il fut couché pour l'éternité au milieu du chœur de la chapelle, à côté de Jeanne Seymour, la seule de ses six femmes qu'il n'eût ni menacée, ni répudiée, ni décapitée. Le roi de France hochait tristement la tête à ces détails lugubres et disait du roi d'Angleterre: «Il dort à Windsor et moi je dormirai bientôt à Saint-Denis.» François Ier ne se trompait pas. Il ne survécut à Henri VIII que de deux mois.
C'est ici qu'il importerait d'esquisser les quatre personnages les plus historiques du nouveau règne. Ces personnages sont: Cranmer, le comte de Warwick, le duc de Somerset, et son frère le baron de Sudley, lord grand amiral.
Cranmer est assez connu. Il est le vrai réformateur de l'Angleterre, le diplomate obstiné du schisme, toujours en évolution lente vers l'hérésie.
Le comte de Warwick, naguère vicomte de Lisle, était fils de ce Dudley d'abord jurisconsulte éminent, puis ministre exacteur de Henri VII. Ce ministre avait accru sa fortune et celle du fisc en pillant la fortune publique.
Henri VII avait encouragé les dilapidations de Dudley: Henri VIII ne l'ignorait pas. Il livra donc moins à la justice qu'à la popularité le ministre de son père. Cette tête, jetée à la foule pour lui plaire, regardait sans doute au dedans Henri VIII et lui communiquait par l'éclair des yeux un remords: car le roi arracha le jeune Dudley à l'obscurité, et c'est par des grâces redoublées qu'il parvint à désarmer le spectre opiniâtre.