John Dudley fit ses débuts à la cour en 1523. Il s'attacha successivement à Wolsey et à Cromwell; il les abandonna au moment précis où ils furent malheureux. Vicomte de Lisle en 1541, gouverneur de Boulogne en 1543, grand amiral en 1545, tout lui fut aplani par Henri VIII, qui le fit, en 1547, l'un de ses exécuteurs testamentaires, l'un des régents du royaume.

Le vicomte de Lisle, nommé par le grand conseil de ses collègues comte de Warwick, n'était, sous le manteau d'un lord, qu'un bandit féroce. C'était un débauché, un conspirateur et un fripon noyé de vices, impatient de réaliser son ambition effrénée, même par le crime. Il n'y avait pour lui ni amitié, ni famille, ni religion. C'étaient des sentiments dont il jouait afin d'ensorceler ses dupes et ses victimes. Il se servait de Dieu, du diable et des hommes pour tout usurper autour de lui. «Sire, disait-il à Édouard VI, votre père a tué le mien. Il a cru bien faire. Moi je ne voudrais pas mourir par vous, mais pour vous. Éprouvez mon zèle. Quand tous les vôtres se réuniraient contre vous, seul je vous demeurerai. Comptez sur Warwick.» Ces paroles, souvent répétées à l'oreille du petit roi, l'avaient persuadé et charmé. Jane Grey, l'amie et la confidente d'Édouard, ne doutait pas non plus de la fidélité chevaleresque du grand chambellan.

Le comte de Warwick ne songeait qu'à précipiter les Seymour. Il épiait les occasions d'aider le destin.

Édouard Seymour, vicomte de Beauchamp, comte de Hertford, duc de Somerset, lord protecteur, et Thomas Seymour, baron de Sudley, grand amiral d'Angleterre, n'étaient pas d'une très-haute naissance, ils n'étaient que de bons gentilshommes; mais ce qui les entourait d'une auréole, c'est qu'ils étaient les frères survivants de la reine Jeanne Seymour et les oncles du jeune roi.

Le duc de Somerset, l'aîné des deux, avait été investi d'un pouvoir presque absolu. Il exerçait une sorte de dictature. Il était naturellement doux; ses portraits le dévoilent. Rien de plus noble que son aspect. Les ordres dont il est décoré, sa barbe majestueuse, sa pelisse bordée de fourrure, sa toque de velours ornée de plumes indiquent un personnage officiel. Il a une intelligence droite et un caractère faible. Son front placide, ses joues immobiles, son teint pâle, ses yeux ternes, sa bouche muette n'annoncent aucune énergie. Ce qui se dégage de cette physionomie, c'est une mélancolie incurable, la mélancolie de l'impuissance. Le duc de Somerset n'avait que de la vanité, une vanité de parvenu. Sa femme, elle, avait de l'orgueil et le plus intense de tous les orgueils, un orgueil anglo-saxon, l'orgueil d'une Woodstock. Le duc sera l'instrument aveugle de cet orgueil. Lui, le lord débonnaire qui répugne à voir périr un insecte, il sera entraîné par sa femme, d'excitation en excitation, sur une pente tragique.

Son frère, Thomas Seymour, est un turbulent esprit. Il en veut à la fortune. Sa première rage contre le sort, c'est d'être un cadet. Toutes les conséquences de ce hasard, il les déduit, les aigrit et les envenime. Il rugit de ne pouvoir être l'aîné de sa maison, et un feu de jalousie contre le duc de Somerset le consume. Thomas Seymour est beau, brave, téméraire. Ses cheveux sont une crinière parfumée; sa figure est armée de séductions infinies; sa bouche sourit à l'amour et au danger; ses regards fascinent; son front commande; son charme captive les hommes et subjugue les femmes. S'il ne succombe pas en chemin, dans le labyrinthe de ses intrigues et de ses séditions, il ira loin.

A l'avénement d'Édouard VI, Thomas Seymour eut l'idée d'épouser la princesse Élisabeth. Il s'en fit aimer. Il ne rencontra qu'un obstacle, mais invincible. Il ne put conquérir l'approbation du conseil de régence, sans laquelle, d'après le testament de Henri VIII, le mariage dépouillait ses filles de tout droit au sceptre.

Thomas Seymour, qui souhaitait contre son frère un grand établissement, renonça soudain à la princesse et emporta d'assaut le cœur de la reine douairière. Il l'amena par la passion à des noces si promptes, que, si elles eussent produit immédiatement leur fruit, on n'eût pas su discerner quel eût été le père, du roi mort ou du grand amiral vivant. Quoi qu'il en soit, ces noces improvisées restèrent cachées d'abord. Les assiduités de Thomas Seymour s'expliquaient par la bienveillance qu'il avait toujours inspirée à la reine.

Devenue veuve de Henri Tudor en 1547, Catherine Parr était une douairière fort désirable. Elle était charmante de corps et d'esprit. Elle s'était retirée avec la princesse Élisabeth et Jane Grey, soit à Chelsea, soit à Hauworth. Ces deux résidences, près de Londres, étaient les résidences préférées de la reine, et elles faisaient partie de son douaire.

Elle était très-bonne pour Élisabeth, qui avait alors plus de quatorze ans et très-tendre pour Jane Grey, qui entrait dans sa onzième année.