J. M. Dargaud.
Boutancourt, ce 20 octobre 1862.
CHAPITRE I.
Origine de cette histoire.—Visite à Bradgate.—Naissance de Jane Grey.—Ses ancêtres.—Marie, sœur de Henri VIII et femme de Louis XII, la grand'mère de Jane.—Henri VII.—Élisabeth d'York.—Veuve de Louis XII, Marie Tudor épouse Brandon, qui est créé duc de Suffolk.—Ils ont une fille qu'ils unissent à Henri Grey, marquis de Dorset, et qui donne le jour à Jane Grey.—Éducation de Jane à Bradgate.—John Aylmer.—Henri VIII.—Esprit de rénovation au seizième siècle.—Noces de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, veuve d'Arthur.—Difficultés théologiques.—Avénement de Henri VIII.—Caractère du nouveau roi.—Henri et Catherine sacrés à Westminster.—Agitation du roi.—Il interprète son serment par une clause singulière.
Les impressions involontaires de l'âme ne fécondent pas moins l'histoire que la poésie. Le temps les assoupit au fond de la conscience, où elles semblent ensevelies à jamais. Cependant, à des souffles soudains et lorsqu'on les croit mortes ou du moins endormies, elles s'éveillent comme des inspirations de ce monde mystérieux que tout homme porte en soi.
Dans la poésie, les impressions n'ont besoin que d'idéal; dans l'histoire il leur faut avant tout la vérité, à laquelle on ne parvient qu'à trois conditions: l'observation du cœur humain, l'érudition des sources, la réflexion des effets et des causes. Le reste sera donné par surcroît. Les détails innombrables, les récits, les portraits, les aperçus philosophiques jailliront successivement d'une grande impression. Sans l'impression, la science ne suffirait pas. La science est la lumière, elle brille; l'impression est le feu, elle échauffe, elle pénètre, elle vivifie.
Je me souviens qu'à l'époque où je poursuivais en Angleterre les aventures de Marie Stuart, un jour, un autre nom m'entraîna dans un doux horizon d'innocence et de paix. Ce nom était celui de Jane Grey.