Cette princesse, du même sang que Marie Stuart, descendait de la plus jeune sœur de Henri VIII, comme la reine d'Écosse de la sœur aînée de ce monarque. Toutes deux issues de Henri VII, leur aïeul au même degré, devaient être livrées au bourreau par les filles féroces de Catherine d'Aragon et d'Anne Boleyn. La protestante Élisabeth fit trancher la tête de Marie Stuart dans le comté de Northampton, un quart de siècle après que la catholique Marie Tudor avait immolé Jane Grey entre les murs funèbres de la Tour de Londres.
Un instant attiré par cette touchante princesse Jane, je l'avais contemplée au milieu des perspectives de Bradgate et de Charnwood, puis je l'avais bientôt quittée pour ressaisir les traces de Marie Stuart, jusqu'au château de Fotheringay, jusqu'à la fosse de Peterborough, jusqu'au caveau de Westminster.
Maintenant, libre de l'Écosse et de la nièce des Guise, je reviens à Jane Grey dont l'exquise adolescence renferme, sous un linceul, un rayon de beauté, une flamme d'amour, un parfum de vertu et une certitude d'immortalité.
Jane naquit dans le comté de Leicester en 1537. Par les Grey, ses ancêtres paternels, son blason se perdait, au delà de la conquête de Guillaume, dans la nuit des blasons normands. Par ses ancêtres maternels, elle appartenait, on le sait, à Henri VII.
La plus jeune des filles de ce roi, la princesse Marie d'Angleterre, qui épousa Louis XII, fut la grand'mère de Jane.
Marie, de la complexion des Tudors, dans le sang de laquelle il y avait une étincelle de ce brasier qui brûlait le sang de Henri VIII, avait été comme fiancée à Charles-Quint. Destinée par la politique à ce premier prince, la politique encore la poussa violemment dans les bras de Louis XII, tandis que Marie était éperdûment éprise de Charles Brandon, plus tard duc de Suffolk.
Brandon avait une haute distinction aristocratique. Il ne charmait pas à demi. C'était la fleur des courtisans et des lords, un homme fait pour séduire les femmes; mais c'était là tout son génie, et il eût été incapable de gouverner les peuples.
Marie ne pouvait s'arracher de Londres à cause de son sentiment pour Brandon. Vaincue cependant par l'obstination de son frère, elle partit désespérée. Henri VIII l'accompagna jusqu'aux blanches falaises de la dernière grève. La princesse sanglota plus haut que les flots en se séparant des rivages d'une patrie où elle aimait follement.
Le duc de Norfolk, qui avait avec lui Anne Boleyn, sa petite-fille, âgée de sept ans, conduisit Marie désolée jusqu'à Abbeville. C'est dans la cathédrale de cette cité de Picardie que fut béni le mariage de la princesse avec le vieux roi de France, le 9 octobre 1514.
Le lendemain, toute la suite anglaise de la reine fut congédiée, excepté Anne Boleyn et deux autres dames de l'intimité de Marie. Elle pleura beaucoup, l'impétueuse princesse, en subissant cette contrainte, elle pleura surtout en disant adieu à lady Guildford, qui l'avait élevée et qu'elle chérissait.