Il n'en devait pas être ainsi. François Ier n'était pas assez théologien; Henri VIII l'était trop.

Tout lui avait réussi. Il était à l'apogée de ses désirs. Son mariage avec Catherine d'Aragon était brisé, son mariage avec lady Anne Boleyn était conclu. La succession au trône avait été transportée des enfants du premier lit à ceux du second, de la princesse Marie à la princesse Élisabeth. Bien plus, le souverain pontife avait été dégradé en Angleterre et Henri VIII était pape contre le pape. Il était le seul pape de la Grande-Bretagne. Tous ses vœux, si longtemps contenus ou traversés, le Parlement les avait sanctionnés, les avait rédigés en lois du royaume.

Henri aurait dû se contenter de l'obéissance à ces lois, mais il exigea sous peine de mort bien autre chose que l'obéissance: il exigea le consentement intérieur. Il viola le sanctuaire. Il fut un tyran abominable.

Et c'est là, quoi qu'en dise l'Angleterre, qu'éclate l'imperfection de sa réforme. Cette imperfection radicale, c'est l'union du sacerdoce et de l'empire. L'alliage du spirituel et du temporel est mauvais à Londres et à Saint-Petersbourg non moins qu'à Rome. La séparation des deux pouvoirs, impossible à de certaines époques, s'accomplira partout enfin, n'en doutons pas; elle sera l'effort et le chef-d'œuvre de la civilisation. Les princes ne seront plus papes, les papes ne seront plus rois, et les peuples ne seront plus froissés dans ce qu'ils ont de plus précieux: la conscience. Alors les âmes se réjouiront, car elles ne relèveront que de Dieu.

CHAPITRE VI.

Premières victimes du pape Henri VIII: Élisabeth Barton, ses instigateurs et ses complices.—La suprématie du roi.—Statut, serment.—Fisher et Morus.—Leur refus d'adhésion.—Emprisonnement de Fisher.—Son portrait.—Son dénûment, son courage, son exécution.—Morus à la Tour.—Sa gaieté avec Kingston.—Sa fermeté.—Ses extraits des Psaumes.—Tendresse de sa fille, Marguerite Roper.—Condamnation de Morus.—Ses épreuves.—Sa famille.—Son supplice.—Ses portraits.—Marguerite Roper recueille la tête de son père.—Cranmer pour la clémence, Cromwell contre.—Henri VIII impitoyable.—Cromwell vicaire général.—Désorganisation des couvents.—Confiscations.—Mort de Catherine d'Aragon.—Joie d'Anne Boleyn.—Amour de Henri VIII pour Jeanne Seymour.—La reine Anne est certaine de son malheur.—Sa jalousie.—Ses anxiétés.