Ce beau jeune homme était un poëte et un soldat. Il reste de lui d'admirables vers et de vaillantes actions. Il n'avait jamais tremblé devant l'ennemi; il ne trembla pas davantage devant ses juges et devant le bourreau.

Deux jours après son arrêt et celui de sa sœur, il électrisait ses compagnons sur l'échafaud. Il fut décapité avec Norris, Brereton et Weston. Aucun d'eux n'inculpa la reine. Mark Smeaton persista, lui, dans ses offenses. Il espérait échapper par là. On l'avait déçu. Il n'évita pas la corde. Il fut pendu, supplice ignoble dont il était bien digne, non comme plébéien, mais comme faussaire et comme imposteur.

La reine, en apprenant son obstination contre elle, n'eut pas une imprécation, elle n'eut qu'une pitié.

«J'ai peur pour son âme, dit-elle, car il a menti!»

Le jour même de ces cinq exécutions, Henri arracha le divorce à Cranmer qui avait tenté de ferventes supplications pour la reine.

Un stratagème qui révèle bien Henri VIII, c'est qu'il fit condamner Anne Boleyn en qualité d'épouse pour crime d'adultère, et qu'après l'arrêt de mort il fit prononcer le divorce, ce qui effaçait le mariage et par conséquent l'échafaud. Mais le féroce Tudor maintint cette contradiction. Ce fut lui qui l'avait inventée, afin de déshonorer la reine en la tuant. Par le premier arrêt il l'immolait comme sa femme; par le second, il la flétrissait comme sa concubine. Double torture pour elle, et pour lui double plaisir!

Cranmer souffrit en rédigeant la sentence de divorce. Anne Boleyn était la providence du schisme. Le primat était attaché à la reine, mais il l'était encore plus à la révolution religieuse. Il avait d'ailleurs un tempérament de diplomate. Il obéit donc au roi et proclama le divorce pour sauver la réforme du naufrage d'Anne Boleyn. L'héroïsme eût mieux valu à Cranmer et même à la réforme que cette habileté.

Le divorce ne fut pas motivé dans le dispositif du jugement.

Henri n'était pas embarrassé d'une inexactitude, quand elle le servait. Sa logique était toujours prête. Il fondait le divorce, selon les uns, dans ses liaisons précédentes avec Marie Boleyn, sœur d'Anne, ce qui rendait son mariage incestueux et partant nul; selon les autres, le roi supposait un engagement antérieur entre Anne Boleyn et Percy, malgré les dénégations du noble lord.

La vraie cause était son caprice infernal qui l'emportait dans les bras de Jeanne Seymour. Sa fantaisie était sa seule loi. Dès qu'il l'avait reconnue, il se hâtait de la sanctifier par un sophisme et ensuite par un meurtre. Tel était ce Tudor, ce scélérat multiple auquel Bossuet ne reproche, avec le schisme, que la passion pour les femmes et dont il ose dire de sa bouche d'évêque: «Prince en tout le reste accompli.» Adulation coupable d'un superstitieux grandiose de la royauté, flatterie envers le crime, plus vile que le crime même!