Voilà pourtant où le goût nouveau de Henri, la perversité de lady Rochefort, et les déclarations à l'article de la mort d'une Mme Wingfield, amplifiées frauduleusement par des témoins de seconde main, avaient réduit Anne Boleyn!
Son frère n'était plus, ni ses complices supposés, sa fille était bâtarde par le divorce, et elle, elle était à l'avant-veille de l'échafaud (17 mai).
Henri avait été bon prince. Il avait substitué le billot au bûcher. Il avait même désigné pour le supplice le plus expéditif et le plus adroit des bourreaux de l'Europe, le bourreau de Calais. Ce bourreau s'était embarqué le matin du 17, et il était le soir à Londres. Kingston en avait instruit la captive comme d'une diminution de peine.
Ce fut Cranmer qui confessa la prisonnière. Elle était dans une émotion extraordinaire. Le crucifix ne la quitta pas un instant. Elle l'avait suspendu au mur de sa chambre et elle l'invoqua à toute heure.
Le 18, elle lut et se fit lire par Marie Wyatt le psautier en vers, son livre de la Tour. Marie ressemblait à Wyatt son frère. Elle avait les traits fins, la tempe palpitante, la physionomie enthousiaste. Sa figure, si bien peinte par Holbein, était frémissante comme une lyre ou comme une âme. Marie était poëte et compagne. Elle rappelait à la reine les jours de la jeunesse, ces jours trop vite écoulés, où elles vivaient ensemble à Blickling avec leurs deux frères, et où tous les quatre se communiquaient soit leurs sentiments, soit leurs songes, soit les sonnets qu'ils avaient composés. Car ils étaient également les disciples de Pétrarque et de la reine de Navarre. Et maintenant que le psalmiste avait tout remplacé, Anne Boleyn trouvait plus doux le prophète hébreu sur les lèvres de Marie Wyatt.
Elle regretta ses torts envers la reine Catherine d'Aragon et la princesse Marie. Dans un mouvement de cœur, elle s'agenouilla devant lady Kingston qu'elle avait forcée de s'asseoir, et elle lui dit:
«Allez, madame, de ma part chez la princesse Marie, et, agenouillée devant elle comme je le suis devant vous, implorez le pardon de toutes mes offenses.»
Elle mêlait de la grâce à tout. C'est le témoignage du lieutenant de la Tour. Elle disait de temps en temps:
«Jésus, ayez pitié de moi.»
Elle disait encore: