«C'est injustement que je périrai.»
Quand elle s'attendrissait, elle nommait sa mère et s'écriait:
«Ah! ma mère, ma bonne mère, toi, tu mourras de ma mort.»
C'est ici qu'il faut laisser parler Kingston. Parmi ses lettres à Cromwell, je rapporterai celle du 19 mai, jour de l'exécution:
«Milord,
«Vous me marquez de faire sortir de la Tour les étrangers. Mais le nombre des étrangers ne passe pas trente, la plupart désarmés. L'ambassadeur de l'empereur y avait un domestique lequel on a écarté poliment. Milord, si nous n'avons pas une heure fixe qui soit sue dans Londres, je pense qu'il y aura peu de monde (à l'exécution), et il me semble que ce peu de spectateurs serait le mieux, car je crois qu'elle protestera....
«Ce matin, elle m'a fait venir pour être présent quand elle a pris le bon Dieu, afin que je fusse témoin de sa justification. Et comme j'écrivais cette lettre, elle m'a mandé et m'a dit:—«Monsieur Kingston, on m'annonce que je ne mourrai pas avant midi; j'en suis fâchée, car j'espérais être morte à cette heure-là et délivrée de tous mes maux.» Je lui ai dit que l'exécuteur était habile et qu'elle n'avait point de douleur à craindre, à quoi elle m'a répondu:—«On m'a avertie, en effet, que ce bourreau est savant dans son métier, et j'ai le cou petit.» Elle a mis ses mains autour en riant de tout son cœur.
«Milord, j'ai vu bien des hommes et bien des femmes condamnés à mort. Ils étaient dans de grandes angoisses. Mais il me paraît que cette dame a beaucoup de joie à mourir. Son aumônier est continuellement avec elle depuis deux heures du matin. Voilà tout ce qui s'est passé. Je vous souhaite une santé parfaite.
«Tout à vous, milord,