«Guillaume Kingston.»

Avant midi, elle s'assit à son bureau de prisonnière et elle traça rapidement ce dernier billet au roi:

«Sire,

«Vous m'avez toujours grandie. De simple demoiselle vous me fîtes marquise, de marquise reine, et de reine aujourd'hui vous me faites martyre.»

A midi, elle sortit de sa chambre pour le supplice. Elle avait à la main son psautier en vers. Sa robe était de soie noire, son collet de dentelle comme ses manchettes. Elle portait un manteau de velours, et son bonnet de velours aussi était rejeté pittoresquement sur la nuque à la mode de la cour.

Kingston marchait à la droite de la reine et derrière elle un groupe de quelques femmes, parmi lesquelles on distinguait lady Kingston et Marie Wyatt.

Il y avait près du gazon vert de la Tour, où l'échafaud était dressé, des artisans de la cité, des bourgeois et des lords. Au premier rang, Anne distingua le duc de Suffolk, le duc de Richmond bâtard du roi, Audley le chancelier, Cromwell dont le fils avait épousé la sœur de Jeanne Seymour, et qui cependant n'était pas venu par plaisir, mais par ordre. Le lord-maire, les shérifs et les aldermen, tous les représentants des corporations qui avaient acclamé le couronnement de la reine étaient les spectateurs de sa ruine.

Anne Boleyn, aussi majestueuse sur son échafaud que sur un trône, regarda la foule du haut des degrés qu'elle avait gravis sans l'aide de Kingston. Elle se recueillit un instant et dit:

«Bon peuple chrétien, je vais mourir selon la loi. Je n'accuserai personne et je ne me justifierai pas des choses qui m'ont été imputées. J'aime mieux recommander le roi à Dieu. Que Dieu le protége et lui accorde un long règne. C'est un noble prince, le plus indulgent qui ait jamais été. Pour moi, il s'est toujours montré généreux. Ne vous mêlez pas de ma cause, ô bon peuple! En prenant congé de vous, je ne vous demande que vos prières.»