Élisabeth d'York était plus respectée à la cour de France que Henri VII. Son portrait éclate en noblesse autant que celui de son époux en cupidité. Sous son voile de dentelle, avec son collier et sa croix de perles, sa robe d'hermine, son manteau de velours, Élisabeth est bien la fille d'Édouard. Elle garde empreinte sur sa physionomie jeune la majesté de sa race. Des siècles semblent enroulés autour de sa tête. La légitimité resplendit en elle. Ses regards, effarés depuis le meurtre de ses frères par Richard, son oncle, sont néanmoins pleins d'éclairs. Ils étincellent d'une fierté royale, que sa bouche timide n'ose avouer: car des roses nouées au-dessus de sa chevelure, la blanche, symbole de son droit, fait honte à la rouge, symbole de la bâtardise et de l'usurpation du comte de Richmond.
Marie, femme de Louis XII, n'avait pas les scrupules de sa mère Élisabeth. Le temps, le pape et l'esprit public, fatigué de secousses, avaient consacré également les deux roses dans les armoiries de Henri VIII et des Tudors.
La reine de France était d'ailleurs assez occupée. Ses jours et ses nuits s'écoulaient à sentir et à dissimuler sa passion pour Charles Brandon et son dégoût pour Louis XII.
Le malheur du roi était d'oublier trop sa vieillesse auprès de sa jeune femme, dont l'ennui superbe, les caprices soudains, l'accent étranger, la parure insolite et la grâce insulaire l'enivraient. Au lieu d'un sage régime mêlé de travail, de promenade et de conversation, Louis s'abandonnait à tous ses désirs. Il était sourd aux avertissements des médecins. De longs épuisements succédèrent bientôt à ses courtes ardeurs, et, comme dans la danse d'Holbein, la mort de gambade en gambade atteignit le roi de France au bout de trois mois.
Le duc de Valois devint François Ier, et Marie d'Angleterre ne fut plus enchaînée à un trône odieux. Brandon, qui avait sans cesse passé et repassé le détroit pendant cette fin d'année 1514, accourut.
La veuve de Louis XII accueillit le brillant lord avec bonheur. Plus amante que princesse, elle était impatiente de se dérober par de promptes noces à une seconde immolation. Elle redoutait un nouveau calcul politique dont elle serait la nouvelle victime. Elle voulut cette fois céder à son cœur. Elle se jeta dans la passion comme Guillaume dans la conquête, en brûlant ses vaisseaux. Malgré les défenses de Henri VIII, Marie épousait Brandon deux mois après la mort de Louis XII et prosternait avec joie sa couronne de reine devant l'amour.
D'abord irrité, Henri VIII pardonna aux téméraires amants qui l'avaient bravé. Il les traita affectueusement en Angleterre. Leur mariage accompli à Paris dès le mois de mars 1515, fut célébré publiquement à Greenwich le 13 mai, et Brandon fut créé duc de Suffolk. La jeune reine douairière avait emporté avec elle de la cour de France une valeur de plus de deux cent mille écus en bagues, en peintures, en vaisselle plate et en tapisseries. François Ier regretta beaucoup un diamant connu sous le nom de Miroir de Naples et que la duchesse de Suffolk s'obstina résolûment à ne pas restituer.—«Eh bien, qu'elle le garde! dit enfin François Ier; foi de gentilhomme, elle le peut, en retour d'un joyau plus précieux qui a coûté cher au feu roi.»
Henri VIII institua grand maître du palais le duc de Suffolk, qui fut un favori pour son beau-frère, une idole pour sa femme en même temps que l'arbitre de la mode et le législateur de l'étiquette.
Le duc et la duchesse eurent une fille qui donna le jour à Jane Grey.
Jane était entrelacée à la royauté, non-seulement par sa mère, par sa grand'mère veuve de Louis XII, par son bisaïeul Henri VII, c'est-à-dire par les Tudors, mais encore par les Grey.