Un ministre presbytérien qui retournait en Écosse tandis que je revenais en Angleterre, me raconta à Berwick, touchant le martyre de Lambert, une particularité qui ne sera pas déplacée ici.
Le généreux sacramentaire avait une sœur qu'il chérissait et dont il était aimé tendrement. Elle lui avait donné une branche de myrthe arrachée à un arbuste de leur mère. Lambert, en souvenir de la famille, ne quitta ce talisman domestique ni en prison, ni à Westminster, ni même au supplice.
Pendant qu'il brûlait, sa branche qu'il tenait brûla aussi. Seulement la branche et les feuilles crièrent en se tordant parmi les étincelles du brasier; lui, pria sans pousser un gémissement. Pensant à sa mère, à sa sœur et au Christ, il confessa obstinément sa vérité et il la scella de son trépas volontaire. Magnifique destinée que celle des martyrs! Qu'ils se nomment Fisher, Morus ou Lambert, dans une foi diverse ils ont la même bonne foi et ils sont les meilleurs d'entre les hommes. Il est doux de les admirer ces héros de l'immortalité et de Dieu; il serait beau de leur ressembler, fût-ce aux plus humbles!
Nous avons constaté que Paul III, depuis le billot d'Anne Boleyn, comptait sur une réconciliation avec Henri VIII. Il ne négligea aucun manège pour surprendre et séduire le roi. Il ne recula devant aucune honte. Dans une lettre à Casale, l'ambassadeur britannique, il exalta le bourreau des moines et des saints.
«Il est impossible, écrit le pape, qu'un prince qui réunit en sa personne tant de vertus, qui a rendu tant de services à la république chrétienne soit abandonné du ciel....
«Qu'il ne doute pas de mon cœur! Jamais je n'eus l'intention de désobliger en rien Sa Majesté, bien que depuis quelque temps je n'aie pas à me louer des actes du roi envers le siège apostolique. Si j'ai conféré le chapeau de cardinal à Fisher, c'était par témoignage d'affection envers le roi et non pour le menacer. J'avais besoin dans mon collège de cardinaux d'hommes distingués par leurs lumières: c'est l'usage que chaque nation y soit représentée par un cardinal, et je jetai les yeux sur un évêque anglais dont le livre contre Luther jouissait d'une grande autorité. Je m'étais trompé, je l'avoue....»
Henri VIII méprisa ces avances trop obséquieuses de la papauté, et il n'y répondit qu'en cherchant de nouveau à entraîner François Ier dans le schisme.
Paul III eut alors recours à d'autres moyens.
Il entoura de toute sa bienveillance Reginald Polus. C'était un cousin de Henri VIII. Son père avait épousé Marguerite, comtesse de Salisbury, une nièce d'Édouard IV. Reginald avait donc dans les veines le sang des Plantagenets. Il était resté fidèle à Rome contre les révoltes de Henri VIII. Il avait même composé un livre où il foulait aux pieds la suprématie du roi. Il y disait qu'il était plus méritoire de faire la guerre à ce Tudor qu'aux hérétiques et même au Turc.
Sous ce zèle catholique très-sincère il y avait une ambition. Élevé au cardinalat, Polus aspirait plus haut. Il était de la maison d'York par sa mère. Pourquoi ne porterait-il pas à son tour la couronne? Pourquoi ne choisirait-il pas pour femme lady Marie, avec des dispenses du pape? C'était une princesse orthodoxe. Une fois sur le trône de l'Angleterre, elle et lui pourraient enfin restituer la tiare à Paul III et lui rendre tous ses droits sur l'île schismatique.