Henri n'avait pas le temps de compatir à d'autres peines que les siennes. Il aimait Catherine Howard. Comment l'épouser? Car il fallait bien qu'il l'épousât, puisqu'il l'aimait. Il n'y avait qu'un obstacle, Anne de Clèves. Les courtisans plaignaient le roi. N'était-il pas inouï qu'une princesse de Clèves s'opposât au bonheur d'un si grand monarque? Tous étaient navrés. Ils se désespéraient des chagrins de leur maître. C'étaient des lâches et des flatteurs plus abjects que des laquais abjects. Ni un vice, ni un crime ne leur coûtait, si par là ils espéraient plaire. Ils avaient toutes les complaisances. Ils dévoraient tous les dédains. Il y avait en eux de l'imprévu à force de vileté. La scélératesse les sauvait de la fadeur. Ils ne rougissaient que d'une fausse mesure. Le succès même infâme était leur morale. Peu leur importait d'être moqués, bafoués du roi, pourvu qu'ils en fussent distingués. Ils eussent préféré un soufflet à un oubli. Ils admiraient Henri VIII dans le bien et dans le mal; ils l'admiraient d'avance dans le possible et dans l'impossible. Ils avaient le culte du roi et ils l'adoraient avec ignominie. Ils avaient même la fatuité de leur bassesse et de leur zèle.
Ils s'inquiétaient tout haut de l'embarras du roi entre Anne de Clèves et Catherine Howard. Leur devoir était de l'en tirer. Ce fut l'un d'eux qui prononça le premier le mot de divorce. Henri VIII fut enchanté. Il avait bon cœur, et le divorce le dispensait du billot.
Le divorce fut adopté par le roi et gagna comme un incendie. Henri avouait familièrement, avec bonhomie, à l'oreille des évêques, des pairs et des dames qu'il avait été surpris, et qu'il n'avait pas donné à son mariage un consentement intérieur. Le divorce était trop juste. C'était à qui l'indiquerait ou le voterait. Il y eut une émulation universelle.
Les courtisans avaient été les prophètes serviles de la turpitude anglaise à cette époque. Il se passa alors entre le roi et le clergé une comédie prodigieuse que le parlement se hâta de sanctionner et dont le dénoûment fut le divorce.
Le 9 juillet 1540, cent cinquante évêques et docteurs, après mûre délibération adressaient leur conclusion à Henri VIII.
«Sire,
«Nous pensons que le mariage entre Votre Majesté et la noble dame Anne de Clèves est vicié, annulé, invalidé par un contrat antérieur entre la princesse et le marquis de Lorraine (hypothèse commode mais chimérique).
«D'après des preuves qu'on nous a fournies, lors de ce mariage avec Anne, il n'y a pas eu de la part de Votre Majesté consentement parfait, entier; vous avez été trompé, lorsqu'on en dressa les conditions, par des récits exagérés d'une beauté imaginaire, par des tableaux hyperboliques d'attraits fabuleux; l'acte de la célébration vous a été comme arraché par des considérations politiques, quand au dedans vous luttiez contre cette union.
«Considérant d'ailleurs que le mariage entre les deux époux n'a pas été consommé d'abord et n'a pu l'être plus tard, par un véritable empêchement, ce que nous savons pertinemment;