Cranmer ne négligea pas de fixer les bonnes dispositions de Henri en se fortifiant auprès de lui par une sixième femme qu'il lui fit épouser au mois de juillet 1543.

Cette femme était Catherine Parr, fille du chevalier Thomas Parr, veuve de lord Latimer. Elle avait beaucoup de réserve et ne manquait cependant pas d'élan. Elle était sacramentaire dans le cœur. Elle avait des affinités d'opinions avec Anne Ascew qui avait quitté Kyme son mari pour prêcher dans les carrefours et dans les salons. Anne fut un des plus séduisants apôtres de l'hérésie. Elle avait emporté dans son courant la belle duchesse de Suffolk, mère de Jane Grey et la reine Catherine Parr. Cette généreuse Anne Ascew, ne compromit pas ces grandes dames et ne livra pas leurs noms aux captieux interrogatoires de Wriothesley. Elle souffrit la torture et le supplice du feu plutôt que de se démentir. Ce qui est admirable, c'est qu'elle n'entraîna personne dans le martyre. Elle se contenta de le subir avec une constance surhumaine.

Catherine Parr sauvée par le silence d'Anne Ascew, était une providence pour Henri VIII. Elle le soignait. Elle pansait elle-même l'ulcère qu'il avait à la jambe gauche. Elle le servait à table où il mangeait plus qu'aucun de ses courtisans, et, comme son régime de glouton l'avait fort appesanti, la reine suivait le fauteuil roulant qui transportait le roi des appartements aux jardins du palais. Partout Catherine l'entretenait de sa douce voix et l'amusait par des discussions théologiques où elle excellait.

Le rôle était périlleux. Catherine se laissait aller de temps en temps aux nouveautés et ne le cachait pas assez.

Une après-dînée, lord Gardiner engagea l'escarmouche avec la reine. Henri s'en mêla. Catherine répondit d'abord à l'évêque de Westminster, puis elle résista même au roi et se retira. Le Tudor resta quelques minutes taciturne. S'adressant ensuite à Gardiner:

«Je suis, dit-il, inquiet de la conscience de ma femme.

—Et moi autant que vous, sire, reprit l'évêque de Winchester. La reine est sur la limite de l'hérésie.»

A ce moment, Wriothesley s'étant glissé dans le cabinet du roi, fut mis au courant de tout et interrogé par le prince. Le chancelier appuya l'évêque, ajoutant que la reine était un centre d'opposition religieuse et peut-être politique.

«Que faire donc? dit le roi.

—L'enfermer quelques semaines sous la garde de Kingston, répliqua Wriothesley. Elle aura peur et sera plus sage.»