Catherine Parr est vêtue avec modestie. Sa robe est montante. Un double rang de turquoises descend chastement sur sa poitrine voilée. Elle arrange sa fraise de dentelle et sa couronne de diamants avec simplicité.
Son front est vaste comme la science de la théologie, lumineux comme la science de la cour et du monde. Ses oreilles écoutent; ses yeux n'observent pas seulement, ils épient, ils guettent. Sa bouche sourit aux problèmes, aux difficultés de l'étude et de la vie. Sa physionomie exprime une finesse enjouée. Elle en avait besoin avec Henri VIII. Elle n'esquivait la hache du roi qu'en se faisant son disciple. Elle portait dans les questions religieuses les subtilités d'un docteur, les précautions d'un diplomate, les grâces et la docilité d'une femme. Elle charmait le féroce pédantisme du roi, le désarmait et le dominait. L'esprit de Catherine était toujours présent sur ce formidable champ de bataille de la Bible où, menacée de mort le matin, le soir elle se sauvait en badinant.
Catherine Parr a pour moi un grand attrait. C'est près d'elle que je retrouve Jane Grey.
Je m'étais interrompu à dessein et j'ai laissé Jane sur la lisière de sa forêt de Charnwood. Il me fallait reprendre d'un peu plus haut le cours des temps, afin de mieux éclairer cette jeune héroïne de l'érudition et du martyre, dans la tradition de ses ancêtres, dans l'atmosphère et en quelque sorte dans l'orage d'idées où elle apparut.
Je vais la ressaisir au point où je l'ai quittée pour ne plus l'abandonner désormais.
Depuis le mariage de Catherine Parr avec le roi, Jane Grey, adorée de la nouvelle reine, résidait plus souvent soit à Whitehall, soit à Hampton-Court, soit à Greenwich.
Elle avait perdu son grand-père de Suffolk en 1545. Sa grand'mère, veuve de Louis XII, était morte quelques années auparavant. Son père et sa mère, à l'exemple de son aïeul, furent les amis de Cranmer et penchèrent tous deux vers le protestantisme autant que leurs devoirs de courtisans le permettaient.
Jane, elle, qui ne subordonnait pas Dieu au roi, fut plus ferme que ses proches dans la foi réformée. Elle s'y était initiée de bonne heure à Bradgate, le lieu de sa naissance, sous les auspices du bon Aylmer, son précepteur.