MARIE STUART A M. DE LA MOTHE-FÉNELON.

De Sheffield, 9 juin 1574.

« Je vous charge présenter de ma part à la royne un essay de mon ouvrage, que recevrés par le Karieur, dans une cassette scellée de mon cachet ; que vous la supplierés d'accepter en bonne part, comme tesmoignage de l'honneur que je luy porte et désir que j'ay de m'employer en chose qui lui peust plaire. Vous excuserés les faultes, et en prendrés une partie pour vous, qui n'estes bon choisisseur de fil d'argent ; et, pour amande de vostre part, tâcherés d'entendre en quoy je pourray travailler qui luy puisse estre plus agréable ; et, m'en advertissant, je fairay mieux à l'advenir. »

MARIE STUART A LA REINE ÉLISABETH.

De Sheffield, 9 juillet 1574.

« Madame ma bonne sœur, puisque vous avés fait si bonne démonstration à M. de La Mothe, ambassadeur du roy, monsieur mon bon frère, d'avoir pour agréable la hardiesse que j'ay prise de vous faire présenter par luy ce petit essay de mon ouvrage, je ne me suis peu tenir de vous tesmoigner, par ce mot, combien je m'estimeray heureuse me mettre en debvoir, par tous moyens, de recouvrer quelque part en vostre bonne grace, à quoy j'eusse bien désiré qu'il vous eust pleu m'ayder par quelque signification de ce que vous trouverés en quoy je vous puisse obéir ; ce sera quand il vous plaira que je vous fairay preuve de l'honneur et amytié que je vous porte. Je suis bien ayse que vous ayez accepté les confitures que ledit sieur de La Mothe vous a présantées, desquelles j'écris presentement à mon chancelier Du Verger de m'envoyer meilleure provision, et vous me fairés faveur de vous en servir. Et pleust à Dieu qu'en meilleure chose vous me voulussiés employer privément comme vostre ; j'aurois telle promptitude pour vous complaire, qu'en bref vous auriés meilleure oppinion de moy. Cependant j'attandray en bonne dévotion quelques favorables nouvelles de vous, puisque je les requiers de si longue main. Et, pour ne vous importuner, je remettray le surplus à M. de La Mothe, m'asseurant que vous ne luy donnerés moins de crédit qu'à moi mesme ; et, vous ayant baisé les mains, je prierai Dieu qu'il vous donne, Madame ma bonne sœur, en santé, longue et heureuse vie.

« Vostre bien affectionnée sœur et cousine,

« Marie, R. »

MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.

Sheffield, 9 juillet 1574.

« Monsieur de Glasco, pour le present je ne vous diray sinon que, Dieu merssy, je me porte mieulx que d'avant mes bayns, durant lesquels je vous escrivis. Au reste, je vous prie me faire recouvrer des tourtelles et de ces poules de Barbarie, pour voir si je pourray les faire eslever en ce pays (comme vostre frère m'a dit que vous en aviez faict nourrir en cage, et des perdrix rouges chez vous), et despescher quelqu'un jusqu'à Londres pour les apporter, qui m'enverra l'instruction. Je prendrois plaisir de les nourrir en casge, comme je fays de tous les petits oiseaux que je puis trouver. Ce sont des passe-temps de prisonnière, et mesmes pour ce qu'il n'y en a pas en ce pays. Je vous ay escrit il n'y a pas longtemps ; je vous prye, tenez la main que mon intention soit suivie, et je prieray Dieu vous avoir en sa garde.

« Vostre bien bonne mestresse et amie,

« Marie, R. »

MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.

Sheffield, 18 juillet 1574.

« Si vous avez congé de m'envoyer quelqu'un avecques mes comptes, envoyez Jean de Compiegne, et qu'il m'apporte des patrons d'habits et eschantillons de draps d'or, d'argent et soye, les plus jolis et rares que l'on porte à la cour, pour là-dessus entendre ma volonté. Faytes moy faire à Poissy une couple de coiffes à couronne d'or et d'argent, telles qu'ils m'en ont aultrefoys faictes ; et que Breton se souvienne de sa promesse, qu'il me fasse recouvrer d'Italie des plus nouvelles façons des coiffures et voiles et rubans avecques or et argent, et je l'en feray rembourser.

« Souvenez-vous des oiseaux dont je vous ay escrit dernièrement, et communiquez la présente à Messieurs mes oncles, et leur priez de me fayre part de quelques unes des nouveautés qui leur viendront, comme ils font à mes cousines ; car bien que je n'en porte, elles seront employées en meilleur lieu. Et pour fin, je requiers Dieu qu'il vous donne, Monsieur de Glascou, bonne et longue vie.

« Vostre bien bonne amye et mestresse,

« Marie, R. »

MARIE STUART A MONSIEUR L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.

De Sheffield, 1574.

« … Si M. le cardinal de Guise, mon oncle, est allé à Lyon, je m'asseure qu'il m'enverra une couple de beaux petits chiens, et vous m'en ascheterez autant ; car, hors de lisre et de besoigner, je n'ay plésir qu'à toutes les petites bêtes que je puis avoir. Il me les fauldroit envoyer en des paniers, bien chaudement.

« Vostre bien bonne mestresse et meilleure amye,

« Marie, R. »

MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.

Sheffield.

« Monsieur de Glascou, je suis satisfayte de ma montre, qui me playt tant pour ces jolies devises, qu'il fault que je vous en remercie. N'oubliés pas mes armoyries et devises dont mon segretaire Nau vous a escrit, et davantage celles de feu M. mon grand-père et Mme ma grand'mère. Au reste, j'ayme bien mes petits chiens. »

MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.

Sheffield, 1574.

« Monsieur de Glascou, Serves de Condé, un ancien et bon serviteur, s'est plaint à moy d'avoir esté oublié sur mon estat, ces années passées. J'entends que luy et sa femme y soient remis au premier. Cependant, je lui ay signé un mandement de quoy je vous prie le faire payer.

« Vostre bien bonne amye et mestresse,

« Marie, R. »

A MONSIEUR L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.

De Sheffield, 4 août 1574.

« … Quant à l'opinion de M. le cardinal, mon oncle, de mettre mon argent en un coffre, je le trouve bon et l'en supplie humblement. Je le supplie me tenir en sa bonne grace et me faire au long entendre sa volonté, ou par son chiffre ou par le vostre. Advisez bien que personne, que vous et lui, ne sçache rien de ce que je vous escris, car un mot esventé par mesgarde m'emporteroit de la vie, quand ce ne seroit que pour la peur de mes intelligences. »

Du milieu de ces manéges diplomatiques, de ces soins touchants, de ces affections délicates auxquelles elle se retenait pour ne pas tomber dans l'abîme dont elle sentait le vertige, Marie Stuart, d'intervalle en intervalle, poussait un cri de détresse. Elle faisait appel à sa famille, au cardinal de Lorraine, son oncle, au roi de France, au pape, à Catherine de Médicis, à Élisabeth elle-même.

Écoutons-la du fond de son donjon :