A MONSIEUR LE CARDINAL DE LORRAINE.
Sheffield, 4 août 1574.
« … M. de La Mothe me conseille vous supplier que mon cousin de Guise, Mme ma grand'mère et vous, écriviez quelques lettres honnestes à Leicester, le remerciant de sa courtoisie vers moy, comme si luy faisoyt beaucoup pour moy, et par mesme moyen lui envoyer quelque présent, que cela me feroyt grand bien. Il prend plaisir à des meubles. Si lui envoyiez quelque coupe de christal en vostre nom et me la faire payer, ou quelque beau tapis de Turquie, ou semblables choses que trouverez le mieux à propos, il me sauveroyt peut-estre cet hyver, et lui feroit de honte mieux faire, ou estre soupsonné de sa maystresse, et tout m'ayderoit. »
MARIE STUART A MONSIEUR L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, août 1574.
« … Si mon oncle, monsieur le cardinal, me voulloit adresser quelque chose de joly ou bien des brasselets, ou un myroir, je le donneroys à la royne. Car on m'a advertye qu'il fault que je lui face des présents. Si vous trouvez quelque chose de nouveau, faites le moy achepter, et demandés pasport pour m'estre apporté, et peult-estre que, pour l'avoyr, la dicte royne sera contente de me le laisser venir. Il fauldroit m'escrire en lettres ouvertes que l'avez recouvert, pour, s'il me plaisoit, servir d'un token (cadeau) à la royne ; mais que ne voullés qu'il soyt délivré qu'à moy, pour voir si je le trouveroys agréable. Et si mon oncle devisoit quelque devise entre elle et moy, ces petites folies là la fairoient plustost couller le temps avec moy, que nulle autre chose. »
MARIE STUART AU CARDINAL DE LORRAINE.
8 novembre 1574.
« … Mon bon oncle, si vous sçaviez les afflictions, alarmes et peurs que j'ay tous les jours, vous auriés pityé de moi, quoique je ne serois vostre chère fille et niepce.
« … S'il plaît à Dieu me délivrer par vostre moyen et de mes parens, vous et eux en aurez plus de force et de support pour nostre maison. Mon bon oncle, si je voys qu'avés soing de moy, je porteray tout paciemment, et metteray poine de me préserver, pour vous obéir le reste de ma vie. »
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
11 novembre 1574.
« Depuis mon chifre écrit, le frère de Du Verger a eu pasport de me venir porter quelques confitures que j'avoys mandées, dont monsieur de La Mothe a, de ma part, présenté la moytié à cette royne, qui m'avoyt par luy prié en faire venir ; et bien qu'il en eut pris l'essay, quelques uns lui ont voullu mettre en teste que c'estoit pour l'empoysonner ; ce que oyant l'ambassadeur, il a supplié la royne, qui les avoyt receues, qu'elle n'en goutast. Mais elle respondit que puisqu'il en avoyt fait l'essay, elle ne s'en défieroyt poinct, et en a tasté et trouvé bonne. »
MARIE STUART A M. DE LA MOTHE-FÉNELON.
Du château de Sheffield, 13 décembre 1574.
« … Monsieur de La Mothe-Fénelon, l'asseurance que me donnés que la royne, ma bonne sœur, recevra en bonne part les petits ouvrages que je puis faire de ma main, m'a fait travailler vollontiers à faire cet ascoutrement de reseuil (réseau) que je vous prie lui présenter, avecque ce mot de lettre que vous fermerez l'ayant leue, lui ramentevant tousjours le désir que j'ay de pouvoir faire chose qui lui soit agréable. Et le jour qu'elle me fera cette faveur de le porter, je vous prie lui baiser très humblement les mains pour moi : de quoy je vous seray obligée. »
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, 9 janvier 1575.
« … Je vous prye, faytes moy faire ung beau miroir d'or, pour pendre à la ceinture, avec une cheine à le pendre ; et qu'il soit sur le miroir le chiffre de ceste royne, et le myen, et quelque devise à propos, que le cardinal mon oncle devisera. Il y a de mes amis en ce pays qui demandent de mes peintures. Je vous prye m'en faire faire quatre enchassez en or, et me les envoyez secretement, et le plus tost que pourrez. »
MARIE STUART A HENRI III, ROI DE FRANCE.
De Sheffield, 12 juin 1575.
« … Je vous beseray humblement les meins du bien qu'il vous a pleu fayre à l'evesque de Rosse en faveur des servisses qu'il m'a faicts. Ce sont les effects de l'amitié d'un très bon frère et allié, et qui me font esperer que ceste si ensienne allience d'entre nos prédecesseurs sera encores entre nous deux renouvellée et plus estroictement confirmée.
« Vostre plus humble sœur à vous obéir,
« Marie, R. »
MARIE STUART A L'ARCHEVÊQUE DE GLASGOW.
Sheffield, 9 mai 1578.
« … Ayez souvent audience de la royne mère (Catherine de Médicis), et mectez peine de l'informer, au mieux que vous pourrez, du respect et obéissance que je lui veux porter, afin de la rendre plus facile à l'advancement et expédition de ce qui lui sera communiqué par messieurs mes parens. »
MARIE STUART A LA REINE ÉLISABETH.
5 septembre 1579.
« Madame ma bonne sœur, je vous ai escript par diverses foys, depuis le voyage que mon secretaire a fait en Écosse ; mais n'ayant eu aucune responce, craignant que toutes mes lettres ne vous ayent esté présentées, je n'ay voulu faillir de m'en descharger près de vous, et vous ramantevoir l'estat misérable de la mère et de l'enfant, vos plus proches parens, affin qu'il vous plaise, selon vostre acoustumé bon naturel, leur subvenir en une nécessité si urgente. »
« … Vous protestant, sur ma foy et conscience, que je désire autant que vivre d'acquérir et mériter vostre bonne amytié par tous les debvoirs que je pourray vous rendre comme vostre humble sœur puisnée, qui en ceste volonté vous bayse les meins. »
Marie Stuart était profondément occupée de son fils ; son fils l'inquiétait sans cesse. Elle souhaitait de l'arracher au protestantisme, à Élisabeth, et de le donner, selon le vent de la politique, soit à la France, soit à l'Espagne, mais toujours au catholicisme, afin de le reconquérir, et de faire de leurs deux causes une seule cause, de leurs deux faiblesses une force. Elle s'était attachée à ce dessein obstinément ; et si les ministres anglais s'avisaient de l'en soupçonner, elle le niait avec une imperturbable assurance. Sa politique sur ce point était superstitieuse, et la pauvre reine y mêlait des pratiques secrètes de dévotion. Après s'être adressée à tous les princes, à tous les diplomates, à tous les partisans des royautés papistes, à tous ses parents de Lorraine et de Guise, elle invoqua la Vierge, et elle eut recours à une neuvaine.