Gifford envoya les lettres de don Bernard de Mendoça à Walsingham, et il en demanda à d'autres membres influents du comité pour mieux l'accréditer auprès de Ballard, qui, après avoir organisé la conspiration en Angleterre, attendait à Reims, en sûreté, l'assassinat d'Élisabeth, la délivrance de Marie, le triomphe du catholicisme dans toute l'étendue de la Grande-Bretagne.

Ballard n'était point lâche, c'était même un homme d'aventure capable d'affronter le péril pour accomplir les plans de son parti et les siens. Mais il était loin d'être un fanatique pur, et la ruse chez lui tempérait le zèle. Il s'était mêlé, dans le cours de sa vie, à bien des intrigues. Il avait l'expérience consommée d'un vieux jésuite. Il était casuiste et l'un des plus habiles meneurs de sa compagnie. Prêtre de faction et de précaution tout ensemble, il voulait fermement que la conspiration réussît sans lui, au dernier acte. Il ne se jugeait pas nécessaire. S'il l'était absolument, il ne se refuserait pas à mourir pour sa cause, mais il aimait mieux vivre pour elle.

Telles étaient les dispositions de Ballard à l'arrivée de Gifford auprès de lui. Gifford les connaissait. Il remit d'abord à Ballard les lettres de Charles Paget et de l'archevêque de Glasgow, puis il lui apprit la tiédeur des conjurés, leurs craintes secrètes, leur tremblement devant le régicide. Il lui annonça que la conspiration était à la veille d'avorter.

— Il fallait lever tous les scrupules, dit Ballard.

— Je l'ai essayé, reprit Gifford, et j'ai échoué.

— Ne leur avez-vous pas démontré que les bulles d'excommunication permettent, commandent même le régicide des souverains hérétiques, et qu'elles émanent d'une puissance infaillible, le pape?

— J'ai été plus loin, répondit Gifford ; j'ai affirmé aux conjurés en votre nom, et d'après votre doctrine, que non-seulement les bulles régicides étaient l'œuvre du pape, le vicaire de Jésus-Christ, mais qu'au fond ces bulles étaient l'œuvre même du Saint-Esprit.

— Et vous ne les avez pas convaincus?

— Non ; je ne suis pas assez grave, assez imposant pour une telle tâche : vous seul pouvez la remplir. Il y faut votre science de Dieu et du monde, votre éloquence irrésistible. Je pense que personne, excepté vous, dans la chrétienté, ne saurait mener à bien cette glorieuse entreprise, et nos amis les plus illustres pensent comme moi. » Ballard, ému, entraîné, prit la soudaine résolution de suivre Gifford en Angleterre.

Il y prouva la légitimité du régicide.