Tel fut le dernier horizon de Marie Stuart. Tel il lui apparut de sa fenêtre pendant les sombres mois qui précédèrent son jugement. Tel il se déroula, après trois siècles, la même semaine de l'arrivée de Marie, à celui qui écrit ces lignes. Seulement, pour le voyageur, il n'y avait plus de château, plus de garnison, plus d'armes. Il n'y avait sur l'ancien emplacement du donjon qu'un sol bouleversé, qu'un fourré d'orties d'où s'envola pesamment, à l'approche de pas humains, une nuée de corbeaux.

La reine fut forcée de renoncer aux meilleures habitudes de ses prisons, les promenades, les correspondances. La vie lui était bien lourde. Inquiète, isolée, murée, sans amis, sans messagers, elle se dévorait silencieusement. Les sourdes menées politiques lui étaient impossibles. La réalité lui manquait. La poésie elle-même semblait l'abandonner. Son imagination était tarie.

Si la reine prêtait encore l'oreille aux mélodies de la muse, ce n'étaient plus des vers d'amour, les vers de sa jeunesse qu'elle lisait. Non, l'accent de la poésie tintait grave, lugubre comme le chant des funérailles. Marie, après de longs détours et bien des stations sanglantes, se retrouvait épuisée dans une prison, vestibule obscur et tragique du sépulcre.

Deux voix lui arrivaient encore par les barreaux de sa fenêtre, et ses geôliers laissaient passer jusqu'à elle quelques vers, dernière tristesse de sa captivité.

Quels étaient ces deux poëtes qui lui parvenaient au bord du Nen?

C'était d'abord Ronsard, ce père de toute poésie française, ce génie lyrique de la renaissance. Ses strophes n'étaient plus que sanglots. Il était sinistre comme un prophète hébreu :

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Morte est l'authorité ; chacun vit en sa guise ;

Au vice déréglé la licence est permise ;

Le désir, l'avarice, et l'erreur insensé,